
n°579 - vendredi 15 février 2008
1 - chronique d’Evariste
1 - Une laïcité « positive pour les religions » est négative pour la République
Il y a toujours un mélange de rires, d’agacements et d’abattements à
voir quotidiennement les contorsions des publicitaires pour nous faire
avaler le nouveau sandwich qui assurera un bon moment en famille, ou
acheter la nouvelle voiture qui assurera de montrer le taux de
testostérone du conducteur à la gente en mini jupe sortie tout droit
d’un défilé de mode. Cependant, le but caché est toujours le même :
gaver des actionnaires qui eux se garderont bien d’éduquer leurs
chérubins à l’obésité galopante des fast-foods et de payer leur voiture
avec 10 ans de prêt. La démarche pour « vendre un concept ou un produit
» vise toujours, par un bel enrobage de paroles, de signes et de
gestes, le détournement de l’esprit critique, de l’intelligence et du
savoir. En somme, travailler la forme pour cacher le fond.
A ce jeu de publicitaire, l’église a toujours été leader (2000 ans d’expérience
feront toujours la différence... ). Passées maître (mettre) dans l’art de
préoccuper les gens avec des histoires à dormir debout tout en leur
enseignant que leur vie en dépend, le rêve du publicitaire est le
travail des prêtres depuis la nuit des temps. Depuis toujours, les
religions savent euphémiser un terme pour le rendre en apparence
inoffensif, et même désirable. Un exemple ? Le mot « humble » est une
superbe marchandise religieuse si bien assimilée que tout le monde, ou
presque, trouve que c’est même une qualité que d’être humble. Pourtant
il suffit de lire les mots qui entourent le sens pour voir une toute
autre signification et comprendre le réel but de l’église lorsqu’elle
vante l’ « homme humble » : simple, réservé, timide, honteux, piteux,
penaud, déconfit, tremblant, mortifié, froissé, petit, rampant, bas,
plat, servile, obséquieux, vil... à la lumière des termes, c’est à dire
avec le savoir, avec la réalité et non la publicité de l’église, on
comprend quels hommes les religieux aiment.
De même, l’invention du concept de « laïcité positive » est de cet
ordre. Le adjectif « positif » étant supposé montrer le progrès,
l’avancée. Qui voudrait d’une « laïcité négative » ? Et l’utilisation
du terme « laïcité » n’a d’autre but que de le vider de son sens. Comme
pour le mot « humble », sous le bel emballage, on met ce qui sert au
mieux les intérêts du pouvoir religieux. Ainsi, comme les publicitaires
dont le travail est de nous faire dépenser, les religieux travaillent à
se faire adorer. Dans les deux cas, le principe pour bâtir un
argumentaire reste toujours le même : nier la réalité du monde, la
cacher, la faire disparaître sous de la glose, des bons sentiments, la
travestir, la transformer. Lorsque ce travail a été fait, diriger les
gens et leur faire avaler n’importe quoi est alors un jeu d’enfant. La
preuve : tout le monde pense ( pensent) que dire d’une personne qu’elle est
« humble » c’est lui faire un compliment... La solidité du Pacte
Républicain et ses évolutions à venir doivent donc toujours trouver
leurs fondements dans la réalité du monde, dans les faits. À partir de
là – et à partir de là seulement ! – un travail de construction est
possible car il repose sur le réel, et non des mensonges. En tant que
individu-citoyens, membres du Pacte Républicain, notre devoir est de
toujours défendre ce qu’est le savoir et la science, et de ne jamais
laisser la croyance se faire reconnaître comme une « forme de
connaissances ». Le savoir et la science partent du réel, décrivent le
réel, travaillent sur le réel pour mieux le comprendre et construire à
partir de lui. Les croyances sont des fantasmes (d’ailleurs leur seul
argument n’est-il pas la foi ? C’est à dire la demande de crédulité la
plus totale). Preuve que le savoir est un socle de la République :
L’église, elle, ne s’y est jamais trompée, elle n’a eu de cesse de
dénoncer (dénoncée) les Lumières, et encore dans les années 90, celui qui allait
devenir l’actuel Benoît XVI, défendait le procès intenté à Galilée
quelques 400 ans après ! Tout un symbole.
Objectif France !
Un véritable travail a été entrepris par les instances de l’église
catholique pour trouver comme faire rompre les français sur un des
éléments fondateurs du Pacte Républicain. Et la cible française n’est
pas anodine. La loi de 1905 est un exemple cité dans le monde entier,
un référent qui sert de repère dans les luttes partout où des êtres
humains veulent construire des paix sociales véritables et des
fonctionnements étatiques sous lesquels les individus puissent se
savoir protégés et garantis dans leurs croyances et vies intimes. En
promulguant cette loi, presque inimaginable en 1905, la France est
sortie malgré elle de son cadre strictement national : de la fille
aînée de l’église elle en est devenue la première rebelle. Cette loi
est depuis plus d’un siècle l’épine dans le pied des religieux de tous
ordres qui rêvent de ramener l’église à sa fonction première : asseoir
le pouvoir sur la vie des individus. De fait, depuis un siècle,
l’église n’a jamais eu de cesse de critiquer cette loi qui est une
gifle à son prétendu pouvoir universel. S’acoquiner avec Nicolas
Sarkozy, voir en lui un arriviste séduit par le pouvoir, a été une
démarche mûrement réfléchie ; de même que lui distiller le terme de
« laïcité positive » pour mieux berner les citoyens peu avertis. Car le
but reste et demeure le même : détruire l’emblème illustrant qu’un
peuple peut mettre le religieux hors de la sphère publique. Tant que la
loi de 1905 existera, les religieux n’auront de cesse de vouloir la
combattre, car les dieux dans la sphère privée, voilà qui contredit le
pouvoir des prêtres sur la totalité des vies humaines, voilà qui est
inacceptable. Et on les comprend : c’est leur propre survie qui en
dépend.
La croyance n’a rien à voir avec la religion.
En quoi cette loi est doublement préjudiciable pour les prêtres ? On
considère d’ordinaire que leur évincement du pouvoir sur les vies
humaines fonde (fondent) l’hostilité des religieux, mais une telle analyse est
trop superficielle. Car le fait que l’église ne soit plus reconnue par
l’état ne devrait pas changer les us et coutumes des gens qui devraient
continuer à aller à la messe et continuer à croire. Mais là est le
problème : croire ne veut pas dire être religieux. On peut être croyant
et ne pas avoir de religion, c’est à dire sans suivre ce que dit un
prêtre, sans lire les livres que lui vous dit de lire ou de ne pas
lire. Or cette évidence est mal connue, mal répandue, mais l’église,
elle, la connaît et la craint. Et elle craint d’autant qu’elle sait que
si jamais une religion se détache du pouvoir politique, si elle n’a
plus la possibilité de s’imposer dans la vie quotidienne des individus,
alors des individus se (ne) mettent à ne plus avoir besoin d’un prêtre pour
avoir leurs propres croyances, leurs propres visions du monde. De fait,
en France, on a très clairement observé une désertification des lieux
de cultes et un recul du nombre de prêtres ; et pourtant beaucoup de
gens se revendiquent encore comme chrétien. Mais force est de constater
que plus le temps passe, et plus les dissidences se font nombreuses,
que de plus en plus de gens refusent de suivre les prêtres et
réinventent leurs propres croyances à partir de la bible ou d’autres
ouvrages. C’est donc la survie des prêtres qui est en jeu. L’église ne
s’y trompent pas : la loi de 1905 fait en sorte que la place du prêtre
ne soit plus assurée, plus obligatoire. La conclusion est sans appel :
sans lien direct avec le pouvoir politique, une religion monothéiste
décline. Lorsque l’on intègre cette conclusion alors il devient évident
qu’aucun accord ne sera jamais possible entre les religieux et le Pacte
Républicain garant de la laïcité. Leur survie dépend de notre mort.
« Le code moral provenant de Dieu est la base intangible de
toute législation humaine dans n’importe quel système, en particulier
dans le système démocratique. La loi établie par l’homme, par les
parlements et par toute autre instance législative humaine, ne peut
être en contradiction avec la loi naturelle, c’est-à-dire, en
définitive, avec la loi éternelle de Dieu. »
Jean Paul II « Mémoire et Identité » (mars
2005)