Qui est Pascal Lamy ? par Raoul-Marc Jennar
jeudi 20 septembre 2007.
I. Qui est Pascal Lamy ?, par Raoul-Marc Jennar
Extrait de Raoul-Marc Jennar, Europe, la trahison des élites, Fayard,
2004, pp. 21-23. Publié ici même avec l’aimable autorisation de
l’auteur.
Qui est Pascal Lamy ?
On ne risque guère de se tromper en observant que l’actuel commissaire
européen en charge du commerce international est probablement une des
plus brillantes machines intellectuelles de l’institution. Une
remarquable puissance de travail et une maîtrise parfaite des dossiers
en font un négociateur redoutable. Mais c’est aussi un homme qui
possède un aplomb peu commun pour dire, avec un cynisme absolu, la
chose qui n’est pas. La social-démocratie française a trouvé en lui le
parfait Janus pour faire triompher le libéralisme intégral. D’où vient
ce personnage aussi puissant que méconnu ?
Il est né en 1947, dans la banlieue parisienne, à Levallois-Perret, de
parents pharmaciens et catholiques. Il milite pendant dix ans à la
Jeunesse étudiante chrétienne lorsqu’il fréquente le lycée Carnot, à
Paris. Il fait des études aux Hautes Études commerciales, à l’Institut
d’études politiques et à l’École nationale d’administration. Il entame
sa vie professionnelle à l’Inspection générale des finances et passe
ensuite à la Direction du trésor (1975-1981).
Lors de l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1981, il devient
directeur adjoint du cabinet de Jacques Delors, ministre de l’Économie
et des Finances, qui rassemble autour de lui des catholiques ayant
adhéré au PS. En 1983, lorsque Delors réussit à convaincre les
socialistes de pratiquer les traditionnelles recettes libérales de
gestion de l’économie, Pascal Lamy est envoyé au cabinet du Premier
ministre Pierre Mauroy pour piloter ce « tournant de la rigueur » et
veiller à ce que ce ralliement des socialistes aux thèses libérales ne
connaisse aucune altération.
1985 : Jacques Delors devient président de la Commission européenne ;
il choisit Pascal Lamy comme directeur de cabinet et comme « sherpa »
(chargé de préparer les réunions du G7). Il le restera pendant les
trois mandats de Delors. Durant toute cette période, Lamy siège au
comité directeur du PS. Privilégiant, comme son patron, l’Europe
économique et monétaire, il va appuyer les démarches de ce dernier afin
de réduire les initiatives de la Commission européenne en matière
d’environnement, sujet d’irritation grandissante pour le patronat
européen.
Lorsque Delors quitte la présidence de la Commission européenne, en
1994, Lamy entre au comité de direction du Crédit lyonnais. Il en
devient cinq ans plus tard le directeur général et prépare la
privatisation de la banque et les licenciements massifs qui
l’accompagnent. Désigné par le syndicat CGT comme « celui qui a
organisé la casse sociale », on le surnomme « le para », « la brute » ou
encore « l’Exocet ».
C’est pendant cette période qu’il préside la commission « prospective »
du CNPF, le futur MEDEF. Ce qu’on sait trop peu, c’est qu’il fait
partie des conseillers de la branche européenne de la Rand Corporation,
le principal think tank (réservoir à penser) du complexe
militaro-industriel américain. Il est également membre du conseil
d’administration d’un autre think tank basé à Washington : l’Overseas
Development Council. Enfin, il est membre du bureau et trésorier de la
branche française de Transparency International, une association qui,
officiellement, oeuvre en faveur de la transparence des institutions
publiques et qui en fait véhicule les thèses de l’État minimum. Elle
sert très souvent de paravent à des opérations des services de
renseignement américains. On voit où se situent les sympathies de cette
personnalité du PS français.
En 1999, il est proposé par Dominique Strauss-Kahn, ministre de
l’Économie et des Finances, et Lionel Jospin, Premier ministre, pour
siéger au sein de la Commission européenne où il succède à Leon Brittan
à la tête du commerce international. Défini par son maître Jacques
Delors comme un « moine soldat », le commissaire européen Pascal Lamy met
son savoir et son intelligence, en bon social-libéral, au service d’une
vision marchande de la société qui, et ce n’est pas le moindre des
paradoxes, contribue à la destruction du modèle européen.
Il inaugure son mandat de manière spectaculaire en proposant de lever
l’interdiction d’importer en Europe des semences génétiquement
modifiées en provenance des États-Unis. Peu après son entrée en
fonction, il déclare devant l’assemblée du Trans Atlantic Business
Dialogue (TABD), un des plus puissants lobbies d’affaires (voir
ci-après) :
« La nouvelle Commission soutiendra [les propositions du TABD] de la
même manière que la précédente. Nous ferons ce que nous avons à faire
d’autant plus facilement que, de votre côté, vous nous indiquerez vos
priorités […]. Je crois que le monde des affaires doit aussi parler
franchement et convaincre que la libéralisation du commerce et en
général la globalisation sont de bonnes choses pour nos peuples… »
Le 8 juin 2000, à New York, il déclare à l’US Council for International
Business : « Nous avons besoin du soutien du monde des affaires au
système de l’OMC pour davantage de libéralisation. »
Comment faire confiance à un homme qui ose répéter, aujourd’hui, que
l’éducation, la santé, la culture ne sont pas menacées par l’AGCS, cet
accord de l’OMC qui entend libéraliser tous les secteurs de tous les
services ? À Strasbourg, le 6 octobre 1999, il déclarait :
« L’OMC doit élargir ses attributions pour englober des questions de
société telles que l’environnement, la culture, la santé et la
nourriture, qui, à l’instar de la concurrence et de l’investissement,
ne peuvent plus être tenues à l’écart du commerce . »
Et quand il se trouve à la table des négociations, celui qui en
principe est porteur du message proclamé d’humanisme, de solidarité et
de générosité de l’Europe se comporte comme le plus implacable, le plus
agressif et le plus arrogant des négociateurs. Quand on entend les
témoignages de délégations de pays du Sud à ces réunions, on n’a plus
le moindre doute sur la réalité de son double langage et sur son
adhésion au libéralisme le plus dogmatique.
En 2002 il publie un livre, intitulé L’Europe en première ligne, dans
lequel il s’efforce de montrer que, face à la globalisation, l’Europe
n’est pas une partie du problème, mais bien une partie de la solution.
Et qu’elle s’emploie à maîtriser cette mondialisation néolibérale. Ce
qu’on appelle, dans la préface, « un florilège d’histoires vraies » est,
au contraire, une succession d’affirmations purement idéologiques et de
demi-vérités, quand il ne s’agit pas tout simplement de contre-vérités.
Le livre de Pascal Lamy est un instrument de propagande en faveur de
cette Union européenne « qui ne fait pas ce qu’elle dit ».
Après la conférence ministérielle de Cancún, à Londres, dans The
Guardian, George Monbiot, très célèbre journaliste d’investigation qui
est aussi professeur invité à l’université d’Oxford, et qui ne partage
pas la complaisance de ses confrères français, écrivait : « S’il y
avait un prix Nobel de l’hypocrisie, cette année il serait décerné à
Pascal Lamy. »
II. Informations complémentaires
Extraites de Geoffrey Geuens Tous pouvoirs confondus. Etat, Capital et Médias à l’ère de la mondialisation, EPO, 2003, Anvers.
p.28-29
On trouve le nom de Pascal Lamy au milieu de la liste des participants
(patrons, ministres, propriétaires de journaux, hauts-fonctionnaires du
monde entier) à la Conférence annuelle du Groupe de Bilderberg en 2000.
Geoffroy Geuens précise que les derniers secrétaires généraux de
l’OTAN ont tous, sans exception, été présidents ou membres de Bildberg.
Et il en va quasiment de même pour les directeurs de puissantes
organisations économiques internationales comme le GATT, le FMI,
l’OCDE, l’OMC et la Banque Mondiale.
p.57-58
Du 11 au 12 octobre 2001, Pascal Lamy a participé au sommet du
Transatlantic Business Dialogue (lobby né à l’initiative de la Table
Ronde des Industriels européens, du département américain du Commerce
et de la Commission européenne ).
p.112
Alors qu’il était encore commissaire européen au Commerce, le passé de
Pascal Lamy est résumé ainsi par G. Geuens : ancien directeur général
du Crédit Lyonnais, ancien membre du comité directeur du Parti
Socialiste français, ancien président de la Commission prospective du
Medef (patronat français), ancien membre du comité consultatif de RAND
Corporation Europe.
Qu’est-ce que la RAND Corporation ? C’est un Think Tank très puissant
créé par le Pentagone en 1945 pour que se rencontrent les milieux des
affaires, de l’armée et de la politique afin d’élaborer et de
recommander la mise en œuvre de politiques (aux USA et partout dans le
monde). Politiques, bien entendu, d’inspiration libérale et militariste.
Son financement est privé et public (en 2000, elle a reçu 140 million de $ de subventions publiques).
Elle a compté parmi ses responsables Donald Rumsfeld (ancien président
de cette « association ») et Condoleeza Rice (ancienne
administratrice). Et aussi le sinistre Franck Carlucci : ancien chef de
la CIA, ancien secrétaire d’Etat de Reagan (1987-88), désormais chef de
Carlyle Group, énorme fond de pensions qui traite avec les industries
d’armement et qui entretient des relations très privilégiées avec la
famille royale d’Arabie Saoudite (Georges Bush Sr est conseiller de
Carlyle).
p.122
Pascal Lamy a siégé dans la section « Le marché élargi dans une
économie globalisé » lors du Congrès de 2002 de l’UNICE. L’UNICE est,
au niveau européen, le MEDEF de toutes les organisations patronales des
Etats européens. Le baron Ernest-Antoinne Seillière en est devenu
récememnt le chef en abandonnant la présidence du MEDEF français à
Laurence Parisot.
p.212
Pascal Lamy collabore au Think Tank Europartenaires, qui se propose
d’apporter l’appui de la social-démocratie au pouvoir économique
national. On y trouve des patrons « progressites » comme Jean
Peyrelevade (Crédit Lyonnais, AGF, Bouygues, Club Med, Suez, etc.) ou
Antoine Guichard (Casino)
III. Un détail parmi cent autres
Relevé dans Le Figaro et publié [sur site
Transnationale.org->http://news.transnationale.org/fr/2005/10/lenqute-moulinex-rebondit-en-italie.html] :
« 10 octobre 2005 - L’enquête Moulinex rebondit en Italie. Quatre ans
après cette faillite retentissante qui a laissé 1 milliard d’euros de
passif et sinistré la Normandie en envoyant 3 000 salariés au chômage,
le magistrat boucle ses investigations. Il a déjà mis en examen neuf
figures du capitalisme hexagonal, dont Pierre Blayau, patron du club de
foot PSG et PDG du logisticien Geodis, pour banqueroute. La justice a
appelé en comblement de passif des administrateurs célèbres, tels
Pascal Lamy (l’actuel directeur général de l’OMC, ancien dirigeant du
Crédit lyonnais), le consultant Alain Minc, Jean-Charles Naouri (PDG de
Casino), le banquier Jérôme Calvet et Pierre Dauzier (ancien patron de
Havas). »
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