Réseau "Sortir du nucléaire" - Fédération de 762 associations
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Communiqué de presse
Mercredi 15 novembre 2006
Présidentielles au PS :
M. Fabius et Mme Royal ont répondu aux
questions du Réseau "Sortir du nucléaire"
Le Réseau "Sortir du nucléaire" publie et commente ce jour les réponses qu’il a reçues de M. Fabius et Mme Royal (par ordre alphabétique). Le secrétariat de M. Strauss-Kahn annonce une réponse pour vendredi, soit après le 1er vote interne du PS.
Important : Le Réseau "Sortir du nucléaire", sauf
énorme surprise, n’attend pas de réponse satisfaisante de la part du
troisième candidat, M. Strauss-Khan. Ancien ministre de l’économie, il
a été grassement payé comme “consultant” d’EDF pour des opérations de
promotion du nucléaire. Lire absolument à ce sujet l’extrait du livre
“Les Vies cachées de DSK” : http://www.sortirdunucleaire.org/info16/li1610.htm <http://www.sortirdunucleaire.org/info16/li1610.htm>
Si M. Fabius et Mme Royal affichent en préambule de bonnes intentions
(économies d’énergie, développement des énergies renouvelables,
fiscalité écologique, etc.), il est clair que ce sont les réponses aux
questions précises posées par le Réseau "Sortir du nucléaire" qui sont
significatives. Or ces réponses sont globalement insatisfaisantes ou,
au "mieux", très ambiguës.
Si ces réponses ne semblent pas à même de départager les deux
candidats, elles n’apparaissent pas du tout convaincantes dans la
perspective de l’élection présidentielle elle-même.
• Pour ou contre le projet de construction du réacteur nucléaire EPR ?
Malgré la demande précise du Réseau "Sortir du nucléaire", les deux
candidats ne répondent pas véritablement à la question "Si vous
remportez l’élection présidentielle, annulerez-vous la construction du
réacteur EPR ?"
Laurent Fabius : "Je suis opposé à la décision précipitée de
construire aujourd’hui en France un nouveau réacteur nucléaire de type
EPR, avec une technologie dont les inconvénients ne sont pas très
différents de ce qui existe aujourd’hui et qui peut encore beaucoup
évoluer dans les années à venir."
Ségolène Royal : " Je déplore que la construction de l’EPR ait
été décidée dans la précipitation et sans aucun débat démocratique
préalable. Les enjeux n’ont pas été correctement analysés et discutés.
Ainsi l’EPR correspond-il, en l’état actuel du parc nucléaire français,
à un vrai besoin ? En outre, ce choix obère une partie des crédits
dédiés à la recherche sur le traitement des déchets, sur les
installations de la quatrième génération et sur les énergies
renouvelables."
Analyse du Réseau "Sortir du nucléaire" : les deux candidats
contestent la "précipitation" de la décision de construire l’EPR... sans
véritablement la remettre en cause. Pire, ils laissent clairement
entendre qu’il sera bienvenu d’investir quand même dans le nucléaire
("Une technologie qui peut encore beaucoup évoluer" ; "La recherche sur
les installations de la 4ème génération").
• Pour ou contre l’enfouissement des déchets nucléaires ? :
Laurent Fabius : "S’agissant de la politique des déchets
radioactifs, je considère que nous devons poursuivre la recherche sur
les trois voies qui ont été définies, mais nous garder de toute
décision irréversible en l’absence d’une solution durable qui évite de
reporter le problème sur les générations futures."
Ségolène Royal : "L’état actuel de la recherche sur le
traitement des déchets radioactifs ne permet pas d’avoir de solution
entièrement satisfaisante. Il est donc indispensable d’accentuer
l’effort de recherche dans ce secteur. Mais l’enfouissement est
certainement une solution préoccupante pour l’avenir : il ne me paraît
pas possible, dans l’état actuel des connaissances et des techniques,
de s’engager dans une telle voie."
Analyse du Réseau "Sortir du nucléaire" :
- Mme Royal se prononce assez clairement contre cet enfouissement... mais en laissant ouverte la question avec la formule "dans l’état actuel des connaissances et des techniques". Cette réponse n’est donc que relativement satisfaisante.
M. Fabius reste extrêmement ambigu, ne prenant pas clairement position. Sa réponse est donc tout à fait insatisfaisante.
Enfin, malgré la demande précise du Réseau "Sortir du nucléaire", les deux candidats ne répondent pas à la question "Reconnaissez-vous
qu’il n’y a aucune solution acceptable pour les déchets radioactifs et
que la première chose est d’arrêter au plus vite d’en produire ?"
Tout en reconnaissant l’absence de solution satisfaisante, ils ne
remettent pas en cause le fait même de produire des déchets
radioactifs. Il s’agit là d’un cas explicite d’inconséquence.
• Quelle "réduction de la part du nucléaire" ?
M. Fabius : "(...) une autre approche que la politique actuelle du tout nucléaire"
Mme Royal : "La part du nucléaire sera progressivement
abaissée pour faire passer à 20% en 2020 la part des énergies
renouvelables dans la consommation finale d’énergie."
Analyse du Réseau "Sortir du nucléaire" :
Malgré la demande précise du Réseau "Sortir du nucléaire", les deux candidats ne répondent pas à la question "Si
vous remportez l’élection présidentielle, déciderez-vous d’un plan de
fermeture d’un certain nombre de réacteurs nucléaires en France, par
exemple en commençant par les plus anciens ?"
Les deux candidats se contentent de généralités ("La part du nucléaire sera progressivement abaissée" ET "Une autre approche que la politique actuelle du tout nucléaire"), mais sans fournir le moindre pourcentage, sans parler de la fermeture du moindre réacteur nucléaire.
• Conclusion
De toute évidence, malgré des déclarations "dans l’air du temps" sur la
protection de l’environnement, le développement durable, les économies
d’énergie, les énergies renouvelables, le PS et ses candidats restent incontestablement pro-nucléaires.
Ils n’envisagent aucunement, même sous l’angle d’une simple hypothèse,
un plan de sortie du nucléaire, et ce malgré la référence faite à
dessein par le Réseau "Sortir du nucléaire" aux socialistes allemands,
qui défendent contre la droite la poursuite du plan de sortie du
nucléaire.
Même sur la seule question du réacteur nucléaire EPR, les candidats
socialistes restent très ambigus. S’ils sont, comme le précisent les
textes du PS, "contre la construction de l’EPR maintenant", n’est-ce pas parce qu’ils seront pour l’EPR un peu plus tard ? Autant dire : après les élections...
Réseau "Sortir du nucléaire" - Mercredi 15 novembre 2006
http://www.sortirdunucleaire.fr
Les réponses complètes :
Réponse de Laurent Fabius
Paris, le 13 novembre 2006
Cher Monsieur,
Vous avez bien voulu m’interroger, au nom de votre réseau sur un certain nombre de questions concernant la filière nucléaire.
Comme vous le savez, je suis pour ma part décidé, dans le cadre de la
lutte contre le réchauffement climatique, à mener de façon volontariste
une politique extrêmement active d’économie et de diversification
énergétique et de développement des énergies renouvelables. Cette
priorité suppose une autre approche que la politique actuelle du tout
nucléaire, menée sans transparence suffisante ni réel débat.
C’est pourquoi, conformément à la position prise en son temps par le
Parti Socialiste, je suis opposé à la décision précipitée de construire
aujourd’hui en France un nouveau réacteur nucléaire de type EPR, avec
une technologie dont les inconvénients ne sont pas très différents de
ce qui existe aujourd’hui et qui peut encore beaucoup évoluer dans les
années à venir.
S’agissant de la politique des déchets radioactifs, je considère que
nous devons poursuivre la recherche sur les trois voies qui ont été
définies, mais nous garder de toute décision irréversible en l’absence
d’une solution durable qui évite de reporter le problème sur les
générations futures.
Sur ces questions énergétiques, j’estime enfin indispensable que soit
organisé dans le pays un large débat dont le vrai pluralisme devra être
garanti, contrairement à ce qui s’est passé ces dernières années.
Je vous prie de croire, cher Monsieur, à l’assurance de ma profonde considération.
Laurent Fabius
Réponse de Ségolène Royal
Paris, le 13 novembre 2006
Mesdames, Messieurs,
La question énergétique, intimement liée à celle de l’environnement,
est une des questions majeures que nous devrons résoudre dans les
années à venir. Notre pays a pris du retard, tant du point de vue du
développement des énergies renouvelables que de celui des économies
d’énergie. Or nous devons préparer dès maintenant l’après-pétrole. J’ai
dit que je voulais que la France soit le pays de l’excellence
environnementale, et que la relance de l’Europe se fasse notamment sur
cet objectif.
C’est une question de responsabilité face à une réalité, celle de la
crise environnementale profonde que nous vivons, marquée par le
changement climatique, la perspective de l’épuisement des hydrocarbures
et les atteintes à la santé par les pollutions de toute nature. C’est
aussi une question de devoir pour assurer un avenir meilleur à nos
enfants. Défendre la justice sociale et l’égalité des chances, cela
passe aussi par la prévention et la réparation des risques
environnementaux. Nos concitoyens attendent aujourd’hui de l’Etat qu’il
les protège dans un monde instable et perçu comme menaçant Or, l’Etat
peut agir, efficacement s’il le veut, dans la prévention des risques
environnementaux et la promotion de nouveaux comportements.
Les outils existent, ils ne sont pas utilisés. Utiliser l’arme de la
fiscalité écologique pour modifier les comportements et financer les
politiques environnementales, construire de nouveaux réseaux de
transports en commun en ville ou en agglomération, diffuser les progrès
techniques pour permettre de consommer moins, lancer un grand plan de
recherche publique pour mettre au point de nouvelles énergies
alternatives, favoriser la production et l’utilisation des énergies qui
ont déjà prouvé leur efficacité, comme l’éolien, le photovoltaïque,
l’hydraulique, la biomasse, la géothermie et les bio carburants, lancer
un programme pour une meilleure isolation des logements, voilà les
orientations pour s’engager dans la voie de l’efficacité énergétique.
Bien entendu cela nécessitera une modification des comportements de
consommation, de déplacements et des transports. Mais je crois que nos
concitoyens sont conscients que c’est une nécessité, mais aussi une
chance car les emplois de demain sont en grande partie dans les
éco-industries.
Dans le cadre de cette politique, la part du nucléaire sera
progressivement abaissée pour faire passer à 20% en 2020 la part des
énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie. J’estime
tout à fait excessive la place du nucléaire dans la production
électrique française. Il est donc indispensable de la réduire
progressivement, dans des délais raisonnables et de diversifier nos
modes de production électrique pour arriver à un bouquet énergétique.
Je déplore que la construction de l’EPR ait été décidée dans la
précipitation et sans aucun débat démocratique préalable. Les enjeux
n’ont pas été correctement analysés et discutés. Ainsi l’EPR
correspond-il, en l’état actuel du parc nucléaire français, à un vrai
besoin ? En outre, ce choix obère une partie des crédits dédiés à la
recherche sur le traitement des déchets, sur les installations de la
quatrième génération et sur les énergies renouvelables. On voit que
c’est l’ensemble des enjeux énergétiques et des options qui devra être
remis à plat.
Cette remise à plat devra se faire dans la transparence. Je m’engage à
mettre fin à l’opacité qui entoure aujourd’hui le secteur nucléaire en
France. Toutes les décisions relatives au nucléaire feront l’objet d’un
vaste débat public alimenté par des études scientifiques
incontestables. Le contrôle de ce secteur devra également être rendu
plus efficace et plus crédible aux yeux des citoyens.
Enfin, l’état actuel de la recherche sur le traitement des déchets
radioactifs ne permet pas d’avoir de solution entièrement
satisfaisante. Il est donc indispensable d’accentuer l’effort de
recherche dans ce secteur. Mais l’enfouissement est certainement une
solution préoccupante pour l’avenir : il ne me paraît pas possible,
dans l’état actuel des connaissances et des techniques, de s’engager
dans une telle voie.
Je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Ségolène Royal