Obtenir le retrait du CPE est une étape, pas un but
Communiqué
Obtenir
le retrait du CPE c’est une étape, pas un but.
La
cause du malaise ambiant est bien plus profonde.
Elle
trouve sa source dans les bouleversements qu’imposent au monde les
très grandes entreprises qui sont déterminées à
priver les Peuples de décider librement de leur avenir, y
compris en France.
L’énorme
manifestation de ce 28 mars ne doit pas rester sans suite politique.
Il
ne s’agit pas uniquement de changer de gouvernement ou de majorité.
Il
faut, changer de logiques politiques. Celles que nous
subissons depuis plus de trente ans, de droite comme de gauche, nous
ont conduits dans le mur :
écrasement
du pacte social issu du programme du Conseil national de la
Résistance en 1945.
écrasement
du tissu économique par les délocalisations, les
pertes de savoir-faire, la disparition des petits commerçants
et des artisans, la fin de l’agriculture familiale, la
déstabilisation des petites et moyennes entreprises le plus
souvent ravalées au rang de simple sous-traitant.
écrasement
de l’espérance populaire par des alternances politiques
qui n’ont rien changé.
Aujourd’hui
il ne s’agit pas de tout casser, ni même d’espérer
un grand soir.
Quels
que soient nos engagements et nos convictions nous avons le devoir
de nous réapproprier notre avenir de citoyen, c’est-à-dire
faire du neuf et du déraisonnable mais pas n’importe
comment.
Changer
de logique politique, c’est analyser le malaise actuel qui a pour
causes essentielles le néo-libéralisme,
c’est-à-dire la marchandisation de tout, de nos services
publics livrés à la concurrence libre (et apparemment
non faussée), de l’école et des études
accessibles de plus en plus selon les possibilités économiques
des familles, de la destruction du droit du travail. Le
néo-libéralisme c’est aussi et encore, la culture
imprudente, à l’air libre, des OGM, la délocalisation
des entreprises par l’exploitation immorale des populations non
protégées, les plus pauvres du Monde.
Il
est temps de mettre fin à l’arrogance des forts qui
entendent contraindre nos vies pour accroître leurs profits et
qui font la guerre pour des motifs apparemment généreux
qui voilent à peine, leurs appétits pétroliers.
Il est urgent, dans l’intérêt de tous, de concevoir un
co-développement dynamique et généreux capable
de réduire à bref délai les causes du terrorisme
et d’éteindre les passions religieuses. Ultime avatar, le
néo-libéralisme tente de sécuriser la source de
ses profits en cherchant est à breveter le vivant !
Une
chape de plomb est posée sur notre démocratie par une
classe politique aux ordres, bien trop faible pour combattre
l’oppression : « contre le marché on ne peut
rien » déclarait naguère un premier
ministre justement poussé vers la sortie en 2002.
Pour
accomplir la mutation politique nécessaire, il n’y qu’un
seul point d’appui valable, c’est le Peuple. Celui-ci n’est ni
de gauche ni de droite.
L’utilisation
de ces idéologies n’a plus beaucoup de sens, sauf pour ceux
qui en tirent avantage. Bien évidemment, la gauche ce n’est
pas la droite, mais ce clivage est devenu incertain, artificiel,
confus surtout depuis qu’en mai 2002 il a fallu sauver l’élection
présidentielle en dépassant la frontière gauche
droite pour éviter de basculer dans le repli nationaliste,
depuis que le 29 mai 2005 c’est encore le Peuple qui a tranché,
majoritairement contre la prétention de la classe politique
qui entendait priver les citoyens du droit de décider de leur
avenir (92% du Parlement !). Que représente cette caste
politique : les citoyens ou les partis ? Chercher l’erreur.
Il
y a bien sûr des logiques de droite et de gauche. Tant mieux.
Mais c’est la démocratie réelle, vivante jusque dans
les structures qui doit permettre à la représentation
nationale de trancher, de faire des choix et heureusement d’alterner
si les politiques choisies ne marchent pas. Notre démocratie
n’avance plus. Elle est bien plus bloquée que ne le sont
aujourd’hui nos universités ou nos lycées.
Ce
ne sont pas les institutions qui sont en cause. On a vu que le
remplacement du septennat par le quinquennat n’a rien changé.
Les modalités de désignation des candidats sont
toujours les mêmes, totalement perverties. Les représentants
diversement encartés sont tous formatés pour servir à
peu près la même politique décorée de mots
différents. Les deux millions de chômeurs et les quatre
millions de pauvres de notre pays peuvent l’attester.
Comment
s’y prendre pour changer la classe politique ? Faut-il
beaucoup d’argent ? Est-ce réaliste ? Ces
questions et d’autres étaient sur toutes les lèvres
dans l’immensité des magnifiques cortèges de mardi.
La
réponse est simple : c’est possible, en douceur et
profondeur.
Il
ne s’agit pas d’être contre les partis politiques qui sont
des associations légitimes. Ce qui est en cause c’est qu’ils
ont pris notre démocratie en otage alors qu’ils ne sont
qu’un de ses éléments (article 4 de la constitution
de la Vème République).
Il
est impossible de changer leurs pratiques par la loi, puisque c’est
eux qui la font. C’est donc par une action résolue des
citoyens, une véritable entente des démocrates
de tous bords qu’il faut agir sur les deux leviers qui sont à
notre disposition :
mettre
fin aux carrières électorales (deux mandats
consécutifs maximum)
mettre
fin au cumul des mandats (deux fonctions maximum et à titre
transitoire).
Des
personnes nouvelles aux affaires ce sera sûrement des jeunes,
des idées différentes, des exigences et des espérances
tournées vers l’avenir. Vérifions-le département
par département. Quel bouleversement cela engendrerait ?
Faisons le. La politique n’est pas un métier. C’est le
service des autres : il faut renouer avec les fondamentaux de la
démocratie.
L’entente
de tous les démocrates doit organiser cette première
étape qui est préalable à tout changement de
grande envergure. Il faut imposer ces règles à tous les
partis politiques en leur demandant de souscrire à ces
contraintes sauf à les priver de tout soutien. Cela n’interdit
pas d’organiser partout, au gré des initiatives citoyennes
l’élection de candidates et candidats « techniques »
porteurs de projets concrets, par opposition aux candidats
politiques. La loi 90-55, judicieusement utilisée en permet
le financement propre et transparent.
Mais
le changement de logique politique implique nécessairement un
recours aux urnes.
Des
élections générales doivent être décidées.
Les
jours qui viennent pourraient accélérer le
renouvellement complet de la classe politique.
D’abord
le départ du premier ministre. Ensuite, la désignation
d’un gouvernement restreint dont la durée serait très
temporaire et la fonction limitée à l’administration
des affaires courantes.
Il
faudra alors fixer l’élection d’une nouvelle assemblée
nationale à la fin du printemps.
Quant
au Président de la République, élu par défaut
par 82% des françaises et des français, il devra
s’effacer à moins qu’il ne souhaite que le Peuple lui
demande des comptes. Serait-il gagnant ?
Régis
ROQUETANIERE
Adhérent
d’Attac et membre du Forum social s’exprimant à titre
personnel.
Poitiers
le 30 mars 2006
regisroquetanière@wanadoo.fr