Clémentine AUTAIN
(féministe,
élue de Paris), Claude DEBONS (ancien responsable
syndical), Monique DENTAL (militante féministe),
Raoul Marc JENNAR (militant altermondialiste), Claude
MICHEL (syndicaliste), René MOURIAUX
(politologue), Yves SALESSE (militant
associatif), Evelyne SIRE-MARIN (militante
associative), Philippe VILLECHALANNE (militant
d¹association de chômeurs).
La gauche antilibérale doit se rassembler afin de proposer pour 2007
un projet unitaire de transformation sociale. Le mouvement contre
l’aggravation de la précarité en souligne l’urgence. Il faut mettre
fin aux politiques libérales, au démantèlement social, à la
stigmatisation aggravée des immigrés, à la dérive autoritaire ; et
ouvrir une autre perspective.
Depuis
plusieurs années, mobilisations sociales et votes sanctions ont
contesté ces politiques patronales et gouvernementales sans les mettre
durablement en échec. Les politiques des majorités de gauche plurielle
n¹ont pas été celles de la droite. Toutefois, dominées par le
social-libéralisme, elles ne sont pas revenues sur les dégâts
antérieurs et elles y ont ajouté leurs propres renoncements. L¹urgence
de battre la droite se conjugue avec la nécessité de proposer des
alternatives contre toutes les formes d¹oppression, de domination et
d¹exploitation.
Le Non populaire majoritaire du 29 mai a révélé des potentialités.
L’exceptionnelle mobilisation actuelle les confirme. Le libéralisme ne
fait pas recette parmi nos concitoyens. Il tire surtout sa force de
l¹inconsistance politique qui lui a été opposée sur fond de
dégradation des rapports de forces sociaux inhérents au chômage de
masse et à la mondialisation capitaliste ; et de désarroi idéologique
découlant des échecs des tentatives passées de transformation sociale.
L¹antilibéralisme peut être majoritaire dans l¹électorat de gauche et
dans le pays. Voulons-nous concrétiser cette possibilité ? Après le
21 avril 2002 et le 29 mai 2005, de nombreux citoyens recherchent des
perspectives alternatives. Les principales forces politiques de la
gauche antilibérale doivent y apporter des réponses communes.
Il ne s’agit pas de refaire la " gauche plurielle " et d¹aller dans un
gouvernement sous domination social-libérale. Dire cela n¹induit
aucune ambiguïté quant à la nécessité de chasser la droite au deuxième
tour en votant pour le candidat de gauche le mieux placé, ce qui
n¹implique pas un accord de gouvernement. Peut-on rassembler la gauche
sur une base antilibérale ? Si on ne peut imaginer convertir la
direction du Parti Socialiste ‹ sans parler des Radicaux de Gauche ‹ à
la rupture avec le libéralisme, il est en revanche possible de changer
la donne à gauche, d¹y battre le social-libéralisme, d¹y faire
prévaloir une orientation de rupture avec le capitalisme libéral. Il
faut pour cela construire une dynamique politique et citoyenne.
Lors de la campagne référendaire, un rassemblement populaire
majoritaire s¹est construit autour du rejet de la Constitution
européenne, alors même que la représentation politique et médiatique
dominante y était favorable. Or, il a été rejeté par une majorité de
nos concitoyen/ne/s et de l¹électorat de gauche. C¹est de là qu¹il
faut partir pour changer les rapports de forces au sein de la gauche
et dans le pays. Les échéances électorales de 2007 sont une étape
déterminante pour y parvenir.
La gauche antilibérale doit chercher à transformer le rejet
majoritaire du libéralisme exprimé le 29 mai en prééminence à gauche
des options antilibérales. Pour cela, formulons un ensemble de
propositions, radicales et crédibles, pour rassembler toutes celles et
tous ceux qui ont intérêt à la transformation sociale et impulsons une
réappropriation démocratique des choix sociaux par les citoyens. Des
propositions communes sont déjà débattues dans les organisations, les
collectifs, les forums unitaires. Si la volonté politique existe, un
accord programmatique est possible.
Mais, à la différence d¹un référendum et s¹agissant d¹élections
présidentielles et législatives, un projet politique ne peut devenir
majoritaire sans le rassemblement qui le porte. Le 29 mai n¹a pas
intronisé pas automatiquement les forces éclatées de la gauche
antilibérale comme alternative sérieuse. Leur concurrence en 2007 les
conduirait à des scores de témoignages. La déception renverrait une
fraction de l¹électorat populaire vers l¹abstention, une autre
choisirait sans doute le " vote utile " pour " battre la droite " dès
le premier tour, quand d¹autres s¹égareraient dans les illusions de la
" rupture " version droite musclée. Si l¹alternative n¹est pas
réellement crédible, le néo-libéralisme et le social-libéralisme, un
temps ébranlés, seront remis en selle par défaut. Pour la gauche
antilibérale, dispersion et atomisation, déclin ou marginalisation,
reprendraient leurs cours. Une occasion aurait été gâchée, sans doute
pour longtemps.
Lors de la campagne référendaire, le rassemblement a pu se faire,
notamment grâce à l’ " Appel des 200 ", parce qu¹il était construit
autour d¹une plateforme bâtie sur ce qui rassemble (tout en
poursuivant les débats sur les différences), et associait différentes
sensibilités politiques, des militants associatifs, syndicaux et des
citoyens inorganisés. La même dynamique n¹aurait pas pu se développer
autour d¹un courant politique particulier. Des dizaines de milliers de
personnes ont pu s¹impliquer parce qu’elles n¹avaient pas à choisir
entre les différentes sensibilités politiques présentes. Ne l’oublions
pas.
Le rassemblement antilibéral est à concrétiser, en créant une
dynamique autour d¹une élaboration de propositions communes, d¹un
débat citoyen qui s’en empare, d¹un rassemblement unitaire qui les
porte, Il n¹est pas difficile d¹imaginer un collectif de
portes-paroles et un accord pour les législatives. Choisir qui
figurera sur le bulletin de vote à la présidentielle soulève une
difficulté tant sont forts le caractère central de cette élection dans
la V° République et l’enjeu identitaire qu¹il représente pour toute
formation politique. Il faut dépasser la tentation de chaque parti de
présenter son propre candidat. Pour cela, il faut discuter tout de
suite du contenu programmatique pour des candidatures unitaires en
2007, afin de décider, le moment venu, quelles sont les personnalités
les mieux à même d’incarner le rassemblement de toutes les forces de
la gauche antilibérale et de porter les propositions communes.
Celles et ceux qui souffrent des politiques libérales ont un besoin
urgent de ce rassemblement politique, de résistance anticapitaliste et
de transformation sociale, évitant l’enfermement dans une contestation
sans perspective ou la satellisation par le social-libéralisme. Ce
pôle antilibéral, porteur des aspirations populaires, ne peut se
cantonner aux seules luttes sociales. Il doit aussi s’affirmer dans le
champ politique. Il n’y aura de changement qu’en combinant dans la
durée mobilisation sociale et action politique. La gauche antilibérale
doit maintenant prendre ses responsabilités.