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Domoform à Montmorillon : la cité des cris et des larmes

dimanche 3 septembre 2006.
 
228 salariés sont promis au chômage. Le tribunal de commerce a décidé la cessation d’activité de leur entreprise.


Deux autocars ont déversé 120 salariés de Domoform près du tribunal de commerce de Poitiers. Il aurait sans doute fallu des remorques pour emporter également la tristesse et la colère. Ils savaient. Ils s’en doutaient. Ils espéraient encore malgré tout. C’est leurs vies qui basculent. Les drapeaux de la CGT flottent au vent, un peu en berne. Les masques sont fermés. Les pétards ne font que du bruit.

Arnaud Lepercq, le député, est le premier à sortir de la salle d’audience. « Depuis le retrait de la proposition de reprise de M. Murat, il ne restait que peu d’espoir. Malgré les efforts déployés, c’est au niveau commercial que le plan pèche. Nous ne regrettons pas les semaines de bataille, même si on ne débouche pas. Il s’agit d’une étape extrêmement douloureuse pour le Montmorillonnais. Je suis très affligé. »

Des cris fusent dans la cour. « Et nous, nous ne sommes pas affligés, nous sommes au chômage. » Le député compatit. Une autre personne prend la parole. « Le plan Murat a été plombé par Snaidero. On pouvait continuer si on avait eu des clients. C’est un sabotage organisé. » Arnaud Lepercq acquiesce. « Je partage votre point de vue, mais je ne suis pas juge. J’espère qu’on pourra trouver d’autres solutions pour le bassin d’emploi de Montmorillon. »

Guillaume de Russé, le maire de Montmorillon, sort à son tour. « J’ai dit au tribunal qu’aujourd’hui Montmorillon est en deuil. Cette cessation d’activité, c’est une catastrophe économique et sociale. On peut encore espérer et trouver de nouvelles propositions. De toute façon, le matériel restera sur place pour une éventuelle reprise. S’il le faut, j’irai manifester avec les gens devant les grilles de l’entreprise. » Une voix fuse : « Les grilles, on va les souder. Personne ne prendra le matériel. C’est tous ensemble qu’on doit se défendre. »
 
La ville est en deuil “ C’est une catastrophe économique et sociale ”
 
Le ton est monté d’un coup. Quand Christian Melon annonce que le site de Nersac va continuer, au moins jusqu’au 22 septembre, dans l’assemblée on entend dire : « Ça nous fait une belle jambe. » Le délégué syndical rend compte de la réunion avec précision. Des employés seront encore utilisés, notamment en maintenance et en informatique. Le cœur n’y est plus. Montmorillon va fermer. « J’ai 33 ans de maison et on me propose pour partir 234 euros. C’est ridicule. C’est insultant. Le travail ne vaut rien. »

Marc Laprie, secrétaire de l’union départementale CGT, élargit le débat. « Le Montmorillonnais est sinistré. On compte 530 demandeurs d’emploi, on va y ajouter les 228 de Domoform en attendant ce qui va se passer à Nersac et sans compter les emplois induits. Le patronat ne prend pas la responsabilité qui devrait être la sienne, à savoir, mettre sur pied des plans de réindustrialisation. »

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