De
la démocratie à la démopédie.
J’ai
pris connaissance en détail, des longues et diverses
déclarations, articles et manifestes des organisations,
partis politiques, associations, syndicats, groupes d’initiatives
ou coordinations de fait, locales ou thématiques qui ont avec
raison le sentiment d’avoir joué un rôle très
important dans les trois grandes luttes populaires significatives de
ces dernières années :
réaction
à l’immense surprise du 21 avril 2002,
échec
au référendum sur le traité constitutionnel du
29 mai 2005,
abandon
sous pression du CPE en avril 2006.
Ces
évènements ont mobilisés des millions de
personnes. L’implication individuelle de chaque citoyen a donné
à ces immenses conjonctions toutes leurs forces. Ce qui a
compté, se sont les explications que ces organisations ont
données, le point de vue, l’orientation que pouvait en tirer
chaque citoyen. Elles ont indiscutablement enrichi les débats
et forgé la prise de conscience collective. Leur contribution
a changé notre façon de débattre à
l’échelle de notre pays qui est mûr pour une évolution
qui consiste à dépasser les cadres de la démocratie
formelle pour entrer dans une pratique vivante de celle-ci,
l’alliance de la pédagogie et de la démocratie, la
démopédie.
Les
mots d’ordre que les organisations traditionnelles semblent vouloir
donner à l’occasion des prochaines élections ne sont
pas utiles et sont très contreproductifs. Il y a encore trop
de liaisons entre ces organisations et l’existant politique actuel
pour que les citoyens concernés mas non adhérents
suivent ces consignes d’emblée : e monde politique
n’est pas clair et tous ceux qui s’y réfèrent sont
plus ou moins suspects. Actuellement, plus aucune structure ne peut
parler à la place du citoyen, récupérer ses
initiatives et sa liberté. Aucun parti politique, syndicat ou
association, ne peut revendiquer d’être seul à
l’origine des grands mouvements sociaux de ces dernières
années.
C’est
un fait majeur qui crée une légitimité populaire
nouvelle : le citoyen a repris l’initiative, sans s’encombrer
des vieilles traditions, des usages, des vieilles boutiques. Ceci
était flagrant dans la lutte contre le CPE. Les étudiants
ont demandé l’appui des syndicats et des organisations
politiques mais ont veillé à ne pas en être
dépendants, sans hostilités à l’égard
de quiconque, mais fermement.
Des
millions de citoyens actifs savent désormais que pour avancer
ils doivent accomplir deux efforts essentiels :
coaliser
dans la liberté toutes les forces qui dénoncent,
organisent et engagent chacune à sa façon les luttes
contre le néo libéralisme et son substitut, le social
libéralisme.
Veiller
à ce que les initiatives à la base ne soient ni gênées
ni récupérées par les organisations
traditionnelles qui ont toutes en commun de parler à la place
du citoyen.
Avec
des nuances, tous les textes qui circulent ces temps ci disent que
c’est seulement par une « rupture » franche
avec l’existant politique qu’une société plus
solidaire pourra naître dans notre pays. Pourtant, la
« rupture » prônée ne vise pas à
changer fondamentalement la politique, c’est-à-dire
ouvrir un débat sans cadre préalablement défini,
constituant, mais à changer de politique c’est-à-dire
adopter une perspective beaucoup modeste, plus étroite,
limitée à l’offre et aux motivations que proposent
les groupes ou les personnalités qui s’exprime en leurs
noms. Ce n’est pas suffisant.
Les
grands mots ne sont pas les grands remèdes. Les raisonnements
les plus classiques ne sont pas les meilleurs. Depuis le temps que
l’on discourt « fermement » sur les
conditions du progrès et que l’on rédige des
« programmes », que l’on expose des
« théories » et que l’on clame la main
sur le cœur des « convictions » le changement
survient toujours plus qu’on ne le croit là où on ne
l’attendait pas.
Observons
quelques faits pourtant bien connus. Nous avons frôlé le
grand basculement, négatif, le 21 avril 2002 et personne ne
peut prétendre que ce coup de semonce était prévu.
De
même, avant la dernière guerre mondiale, qui aurait pu
imaginer que l’entente des bourgeois et des communistes était
possible ? La France envahie, c’est pourtant cette coalition
improbable qui a constitué l’essentiel de la Résistance.
Tous les Résistants avaient la volonté de construire
une société plus juste dès que l’ennemi commun
serait vaincu. Le Conseil National de la Résistance,
c’est-à-dire un très petit nombre d’individus, a
élaboré, entre autre, des garanties sociales, les mêmes
pour tous, en matière de soins, d’aide à la famille
et de retraite. Chaque français en a bénéficié
depuis 50 ans. Aujourd’hui que des intérêts
strictement marchands à courtes vues veulent remettre en cause
ces acquis il faut les défendre avec vigueur, les renforcer,
les adapter, les étendre à toute la population,
régulière ou non, dans notre pays mais aussi, là
où nous pouvons aider, car ils sont la réalité
très tangible et durement conquise du progrès social.
D’autres avancées se sont produites alors que l’on ne les
attendait pas, parfois à l’initiative de telle personne peu
habituée à s’embarrasser de préoccupations
sociales. Ce fût le cas de la mensualisation des salaires qui a
été inscrite dans notre droit par un banquier
d’affaires entré à Matignon, déjà, sans
aucune onction populaire. L’instauration des horaires mobiles qui
était une souplesse bien venue dans les rapports employeurs
employés s’est longtemps heurtée aux réticences
de certains syndicats. Malgré les luttes menées en
1995 pour défendre les retraites socialisées, les
immenses mobilisations n’ont pas fait reculer les pouvoirs
publics. La dépénalisation de l’avortement, la
suppression de la peine de mort, le lancement d’une véritable
lutte conte la violence routière sont devenus réalité
sur la base de consensus qui ont heureusement dépassé
le clivage gauche droite.
Ces
quelques exemples montrent que notre démocratie est bloquée
ou qu’elle fonctionne au petit bonheur la chance. Aujourd’hui
chaque citoyen sait qu’il doit s’opposer autrement qu’en
discours à l’effondrement du contrat de travail à
durée indéterminée (CDI) par ce que derrière,
ce sont d’autres garanties sociales qui seraient rapidement
éliminées. Quelles luttes faut-il conduire
prioritairement ? Pour être efficace, comment dépasser
les cadres syndicaux et politiques traditionnels puisque le combat
essentiel à mener ne relève plus exclusivement du
rapport employeurs employés ? A quel niveau se battre puisque
nos lois sont invalidées dans bien des cas par la
transcription automatique dans notre législation, du droit
européen, lui même téléguidé par
les logiques et les directives de l’organisation mondiale du
commerce ?
Après
la dernière guerre mondiale, bien des filles et des fils
d’agriculteurs ont abandonné la liberté formelle du
statut de paysan pour devenir salariés afin d’échapper
aux incertitudes élémentaires : temps, saisons,
aléas du revenu. L’instruction, accessible à tous,
avait permis que chacun choisisse plus ou moins son mode de vie. Les
entreprises avaient alors besoin d’une main d’œuvre non
qualifiée, nombreuse. Malgré le niveau parfois
honteusement bas des salaires, chaque salarié avait un revenu
régulier et disposait du temps, pour faire des choix qui
s’inscrivait dans la durée. Chacun pouvait raisonnablement
espérer que ses enfants auraient une vie meilleure.
Aujourd’hui,
l’incertitude est revenue en force, liée au développement
inéluctable de la mécanisation, de la robotisation et
de l’informatique. Les tâches dures ou répétitives
sont faites par les machines. C’est indiscutablement un progrès
qu’il ne faut pas remettre en cause mais qui accélère
la recherche d’une rentabilité à tout prix. La plus
value a peu à peu été captée par le
système bancaire au lieu de rester à la disposition des
entreprises pour accroître leurs investissements à long
terme ou mieux rémunérer leurs personnels. Sous l’effet
d’une concurrence accrue, l’immense majorité des
entreprises qui ne sont pas dans les secteurs de pointe ou dominants
n’a pu renforcer ses fonds propres ni recouvrer de la liberté
par rapport aux mondes financiers. Jouant avec le feu, les pouvoirs
publics ont incité les entreprises à emprunter soit en
fixant des règles d’amortissement courtes, soit en accordant
des avantages fiscaux qui se révèlent être des
pièges. En décidant de taxer lourdement les petits
employeurs de main d’œuvre l’Etat a manqué de
perspicacité.
Le
système bancaire va à veau l’eau. Ses marges de
rentabilités s’effritent. Il est entré en compétition
inégale avec des pratiques beaucoup plus prédatrices
que les siennes. Une part importante de son activité est
perturbée par les capitaux flottants qui se déplacent à
une vitesse vertigineuse d’un paradis fiscal à l’autre,
infestant au passage l’économie de production, effaçant
peu à peu la différence entre le légal et
l’interdit.
La
dérégulation qui devait harmoniser les conditions
d’exploitation sous l’effet miraculeux de la concurrence « libre
et non faussée », n’a jamais fait la preuve,
malgré tant d’abandons, qu’elle est une alternative
crédible à la régulation par la puissance
publique, à tous les degrés de celle-ci, au plan
national comme au plan international. L’écart entre riches
et pauvres ne cesse de s’accroître. La mondialisation,
c’est-à-dire l’abrogation de toutes les frontières
économiques et la permissivité érigée en
dogme profite aux seules entreprises transnationales c’est-à-dire
à une part toujours plus réduite de la population.
Seules les productions rentables et les marchés « solvables
sont privilégiées. Les effets dévastateurs de
ces choix mettent partout la paix en péril grave : la
population la plus défavorisée n’a plus rien à
perdre.
Les
luttes pour mettre en échec cette économie de
concurrence ont changé de rythmes et de méthodes,
voilà huit ans, lors du contre sommet de l’Organisation
Mondiale du Commerce(OMC) à SEATTLE. Les premières
grandes ententes internationales de citoyens ont pris forme. Cette
dynamique devient productive : on la désigne désormais
sous le non d’altermondialisme par ce qu’elle a vocation à
intervenir tous azimuts, partout dans le monde.
Les
premiers résultats apparaissent en Amérique du sud. Ces
Pays entrent dans le système global, y résistent et
prospèrent. Très vite, par réalisme, ils sont
contraints d’adopter les méthodes et les règles de
gestion de l’économie dominante. Pourtant, ils ne se fondent
dans cette dernière. Ils s’accommodent de la compétition,
deviennent concurrents de nos propres productions plus chargées
socialement mais à la différence des tenant du
néolibéralisme, ils mettent peu à peu en place
les institutions et les instruments sociaux dont leurs peuples
étaient privés. Les pays émergents sont
confrontés, comme les pays les plus développés
au prix croissant de la main d’œuvre. A terme, pour préserver
leur avantage différentiel, si la logique néo libérale
persistait, l’emploi continuerait à n’être qu’une
variable d’ajustement avec son cortège de possibilités et
de drames : tassement des rémunérations, mise en
concurrence des salariés entre eux, précarisation du
contrat de travail, délocalisations.
Chez
nous, dans le même temps, l’Etat français doit faire
face à des obligations nouvelles. Sa charge ne cesse de
s’alourdir. Des choix clairs n’ont pas été faits.
Les questions les plus compliquées et les plus urgentes,
telles que la santé et la retraite, le temps de travail et
l’urbanisation, l’équilibre social et l’accès à
tous aux moyens matériels de la dignité personnelle
n’ont pas été pensés dans une cohérence
globale. Il fallait oser affronter les plus puissants qui
doivent plus à la société qu’ils ne
l’admettent. Il fallait instaurer une fiscalité de liberté
qui recueille plus largement les recettes nécessaires au
social sans gêner le développement économique.
Alors qu’on nous rebat les oreilles en prétendant que la
croissance serait LA solution miracle pour parvenir à
équilibrer les budgets liés à l’amélioration
toujours souhaitable de la protection des français, rien
d’important n’a été entrepris pour diriger
fermement l’économie, c’est-à-dire le partage des
richesses produites vers la satisfaction, pour tous, des besoins de
base. Il fallait inciter, choisir, préférer sans
sombrer dans l’assistanat. Les pouvoirs publics se sont contentés
de répondre à la demande des forces établies
grâce auxquelles elles sont parvenues au pouvoir : nous
vivons depuis trop longtemps sous le régime de la récompense
électorale. Notre Pays est maintenant dans une situation
inextricable. Il n’a plus guère d’amis mais compte
beaucoup de concurrents. Il possède peu de matières
premières. Sans aucun débat démocratique, il a
fait le choix d’une production électrique concentrée
sur une technologie. Les conséquences à terme sont au
minimum incertaines, probablement défavorables aux générations
futures si des investissements très importants ne sont pas
engagés pour neutraliser les déchets nucléaires.
Notre Etat néglige de bien gérer l’espace dont il
dispose en concentrant la population sur moins de 10% de son
territoire et souvent dans des conditions de vie abominables. Les
dérives violentes de l’automne 2005 nous ont confirmé
que les habitants des quartiers défavorisés ne
supportent plus leur marginalisation, mot aimable pour ne pas parler
de ségrégation. Tout cela s’accorde très mal
avec la trop vaste nomenclature qu’entretient notre pays à
grand frais. La paralyse dans laquelle se trouve la France depuis
plus de vingt ans doit cesser.
En
refusant d’innover, de remettre en cause ses habitudes, de
rectifier tout ce qui peut et doit l’être, la France va
sombrer dans un coma profond et ceux qui prétendent parler en
son nom et font du replis et de la haine de l’autre un fonds de
commerce, au pire, finiront par l’emporter, au mieux permettront
aux partisans de l’Europe de la dilution démocratique de
récolter le pouvoir sans trop savoir qu’en faire
Contrer
cette descente aux enfers c’est permettre au citoyen le droit de
reprendre le pouvoir, c’est l’inciter à agir en faveur de
la collectivité autrement que par les voies traditionnelles.
C’est d’autant plus nécessaire que notre capacité à
adopter des lois vraiment choisies par nous diminue rapidement.
L’improbable
aujourd’hui est la base la plus solide de l’innovation de demain.
Nous sommes en face d’une évidence qui nous crève les
yeux. Le changement ne viendra pas d’une lutte des citoyens entre
eux. Les mots extrêmes, les colères justifiées
des uns et des autres ne doivent pas nous faire perdre de vue
l’essentiel. Les moyens d’agir ne nous seront pas donnés.
Nous devons les prendre, à mains nues. Nous n’avons à
attendre de salut que du Peuple. Malgré tous les clivages,
malgré des analyses différentes, face à des
possibilités nouvelles, nous sommes liés. Nous sommes
un Peuple c’est-à-dire un ensemble indéfinissable
d’identités individuelles liées par une vision
culturelle commune bien supérieure au clivage « politique »
gauche droite ou à l’origine de nos ancêtres. Et notre
Peuple est solidaire en tant que tel des autres Peuples.
En
politique, le centre, çà n’existe pas ou seulement
sous la forme d’un espace vide dans lequel s’équilibre où
s’annule la possibilité de trancher entre le mal et le pis.
Ce
qui fonde un Peuple ce n’est pas la lutte ou la transaction apaisée
des visions différentes ou même la conscience de classe.
Un Peuple n’existe que lorsqu’il ressent l’impérieuse
nécessité de faire converger des actes majeurs afin
d’éviter l’effondrement du lien collectif, pour ressourcer
la légalité ou réorganiser sa société.
Voilà le sens caché des grands mouvements sociaux de
ces dernières années : le Peuple s’est mis en
marche, sans qu’il y ait été convié par « ses
dirigeants ».
Nous
sommes entrés dans une période favorable à
l’innovation. Tout monde admet que la classe politique n’est plus
en phase avec les citoyens, que le système partisan montre ses
limites au point que 50% des citoyens ne votent plus. Voilà où
se situe l’espérance, il y a 50 % de citoyens qui peuvent
encore donner leur avis. C’est à eux qu’il faut
s’adresser.
Qui
peut sérieusement dire que les combats politiques menés,
sans ordre de préférence, par José, Marie
Georges, Olivier, Arlette, Claude, Bernard, Jacques ou Yves et tant
d’autres ne sont pas utiles, solidement argumentés, bien
orientés. Ces gens sont à la tête de structures
qui pensent. Ils ont bien agis. Il est légitime qu’ils
exposent leurs solutions. A ce jour, concrètement, leurs
propositions sont très minces, le plus souvent une simple
piste de réflexion, sans projets concrets d’envergure. La
dénonciation générale, l’imprécation,
les solutions partielles ou techniques qu’offrent-ils réellement
au delà de la réécriture modernisée de
vieilles aspirations légitimes ? Aucun programme de notre
temps, d’envergure, fondateur n’est en vue. Souvenons-nous des
aberrations de la guerre d’Espagne, des Khmers Rouges, du virage à
180 degré du parti communiste Chinois devenu l’allié
le plus sûr du néolibéralisme. Les coalitions
d’appareils ou d’entités élitistes, parfois
groupusculaires, sont historiquement jalonnées de combats
fratricides et de détournements politiques terribles. Des
conflits portant sur des intérêts mineurs peuvent
éclater à tout instant et permettre, par défaut,
aux logiques qu’il faut combattre, d’être seules en
situation de reprendre la main.
D’autres
acteurs civiques plus discrets et tout aussi efficaces ont gagné
des batailles sans lesquelles les apories politiques auraient fait
les bonnes affaires des conservateurs de tous poils. Il faut saluer
tout particulièrement ces personnes. Elles n’ont pas hésité
à prendre langue avec les responsables politiques du bord
opposé et sont parvenues à les convaincre, lors du
débat préalable sur le traité constitutionnel
pour l’Europe, qu’il fallait au moins respecter notre tradition
démocratique nationale qui veut qu’une texte qui remet en
cause le principe de souveraineté populaire soit d’abord
soumis au consentement du Peuple par référendum. Nous
devons une fière chandelle à ces quasi anonymes. Cela
nous oblige à ne pas baisser la garde face à ceux qui
de gauche comme de droite, veulent royalement reprendre la décision
du Peuple. L’Europe productiviste et marchande à beaucoup de
partisans dans la classe politique. Les 55% de citoyens qui ont voté
Non le 29 mai 2005 doivent veiller à ce qu’on ne les abuse
pas, en douce, en passant par la voie parlementaire, comme certains
s’y préparent ouvertement.
D’autres
héros de l’ombre ou de la pénombre mènent
chaque jour, avec les moyens approximatifs, parfois illégaux
mais légitimes, poétiques aussi, le combat essentiel
contre l’imprudente culture en plein air des organismes
génétiquement modifiés (OGM). D’autres encore,
conduisent des actions concrètes de solidarités dans
les quartiers, là où la population est humiliée
et offensée, littéralement abandonnée. Ceux qui
donnent leur temps aux sans repères et aux sans espoirs, sont
aussi les bâtisseurs d’un nouveau contrat social et les
artisans d’un changement résolu. Sont-ils pour autant les
porteurs réalistes d’une novation politique ? Rien n’est
moins sûr. Souvent même ils ne croient plus en la
politique, non sans raison...
Les
grands mouvements sociaux de ces dernières années sont
le produit d’efforts importants et magnifiques. Ils ne nous
dispensent pas, pour construire concrètement d’autres mondes
possibles, d’entrer frontalement en conflit démocratique
avec les défendeurs résolus ou mous du néolibéralisme
et de ses dérivés. Si nous voulons faire bouger la
réalité politique par le Peuple, il faut que celui-ci
décide lui-même et positivement de son organisation,
qu’il choisisse de sortir du marasme dans lequel nous sommes, et
d’en sortir par le haut. C’est le Peuple dans son ensemble qui
doit agir. Nous n’avons nul besoin de déléguer notre
pouvoir de citoyen aux représentants patentés des
catégories sociales ou professionnelles. Il est inutile de
continuer à gloser sur l’exclusion qui ne fera que
progresser si comme depuis plus de trente ans nous n’abandonnons
pas nos références et ne cessons pas de saluer les
petits maîtres qui nous ont placé dans l’impasse où
nous sommes. Seul le Peuple peut faire bouger la réalité
politique. Même sans les OGM, le monde dans lequel nous vivons
ne peut subsister que s’il se décide à organiser
positivement sa mutation c’est dire l’amélioration
concrète de la vie de tous les Hommes et le respect de
l’environnement. Commençons chez-nous.
Il
n’y a pas un Peuple de gauche et un Peuple de droite, il n’y a
qu’un Peuple, un seul et unique Peuple français. Il n’y a
pas des gens qui savent et des imbéciles qui ne comprennent
rien à la politique. Tous les hésitants, les non ou mal
informés sont victimes du système globalisant qui nous
oppresse. Il est évident que nous ne disposons pas des
considérables moyens des entreprises qui soutiennent la
mondialisation, ni de ceux que celle-ci met à la disposition
de ses affidés. Cependant, nous possédons l’usage
sans limite de la parole directe. Le lien physique et de proximité,
pour peu que nous lui consacrions du temps, nous donne l’avantage.
Plus personne ne croit à ce qui se dit à la télé
et dans tout le système de racolage médiatique. Nous
disposons d’une force de frappe immense et totalement libre,
internet, qui nous permet des possibilités infinies de liens
et de dialogues. Nos faibles ressources de citoyens sont devenues une
chance. Nous n’avons nullement besoin de gaspiller des sommes
phénoménales dans la « communication »
tant celle-ci est mensongère. Plaçons nous résolument
hors du magma politique et médiatique traditionnel qui occupe
l’espace et s’acharne à nous transformer en citoyen
virtuel et se donne pour objectif de dématérialiser le
lien entre la population et ses représentants. Construisons
pas à pas notre démarche d’émancipation. Cela
peut aller très vite à condition que nous prenions
conscience qu’il n’y a pas une modalité d’action à
mettre ne œuvre, mais un ensemble hiérarchisé et
incontournable d’étapes à franchir : l’escalier
de la rénovation démocratique.
Première
marche : changer tout le personnel politique.
Sans
un renouvellement généralisé des professionnels
de la politique, de gauche comme de droite, il ne sera pas possible
de réussir aucune grande transformation. Certains élus
sont au pouvoir depuis 5O ans. La vague rose date de 1981. Imposer ce
renouvellement ce n’est pas être hostile aux partis
politiques. C’est simplement exiger et faire respecter que les élus
demeurent bien les représentants des citoyens alors qu’ils
ne sont aujourd’hui que les mandatés des partis politiques,
donc les obligés de ceux-ci, auxquels ils doivent leur
carrière et leur situation matérielle plus que
confortable. C’est cette subordination qui a brisé le lien
de confiance dont est victime aujourd’hui toute la classe
politique. Aider les vieilles boutiques à se renouveler et
changer de pratiques, en profondeur, même en les mettant en
difficulté, c’est leur rendre service.
Elles
doivent payer pour :
« les
affaires » (Urba, Hlm de Paris, sang contaminé,
financement occulte des campagnes électorales, Mnef etc.)
les
aises qu’elles se sont octroyées : carrières
électorales à disposition de dynasties familiales ou
sociales, des grandes écoles élitistes, protections
accordée sans scrupule à telle ou telle organisation
plus ou moins occulte...mais qui sait si bien renvoyer l’ascenseur...
le
scandaleux décalage entre les promesses faites et les
réalisations effectives.
le
détournement de nos institutions pour les mettre au service
de leurs clientèles au lieu de les modifier lorsque l’usage
en a montré la nécessité et d’en renforcer
l’intérêt pour tous, sans arrière pensée.
Le
désespoir des citoyens ne doit pas descendre plus bas.
Il
faut revenir à l’essence de la représentation
populaire en ne confiant qu’un seul mandat électoral à
titre provisoire et seulement à des personnes choisies par les
électeurs. Si une deuxième fonction électorale
peut être détenue par un élu afin qu’il
conserve un lien étroit entre avec sa base, c’est sous la
condition expresse de ne pas exercer deux responsabilités
majeures. De même, aucun élu ne devrait pouvoir être
consécutivement reconduit dans ses fonctions plus d’une
fois. Cela mettrait fin aux campagnes électorales permanentes
autant qu’aux décisions clientélistes prises dans le
but de se faire réélire perpétuellement. Les
élus disposeraient du temps pour se consacrer pleinement au
bon exercice de leurs responsabilités. Dans un nombre de
situations précises et limitées, une personnalité
d’exception devrait pouvoir mettre son expérience à
la disposition de la collectivité : un devoir de suite,
pour un ultime mandat, plus court, dans tous les cas après
une période d’inéligibilité égale au
moins aux deux derniers mandats exercés, pourrait être
instauré.
Prenons
un exemple concret. Si nous adoptions cette règle, dans le
département de la Vienne, mais on peut faire des listes
semblables au niveau régional ou national, les dix « premiers
gagnants » (top ten) priés de rentrer dans leurs
foyers seraient, par ordre alphabétique et sans aucune
préférence :
ABELIN
Jean-Pierre, député, conseiller général,
conseiller municipal, ex maire de Châtellerault (après
son père, qui fût maire, député secrétaire
d’Etat et Ministre, et sa mère qui ne fût que
conseiller général et élue municipal), beau
frère d’Alain FOUCHE, sénateur etc. Premier mandat en
1977 !
CHAMARD
Jean-Yves, député, conseiller municipal, conseiller
général. Premier mandat en 1973 !
CLAYES
Alain, député, conseiller général, ex
conseiller régional et municipal. Premier mandat en
1982 !
DE
RUSSE Guillaume, maire et conseiller général de
Montmorillon. Premier mandat en (à compléter)
FOUCHE
Alain, sénateur, président du conseil général,
ex maire de Chauvigny (beau frère de Jean-Pierre ABELIN, déjà
cité, voir ci dessus), ex conseiller régional. Premier
mandat (à compléter)
LEPERC
Arnaud, Député, conseiller général, maire
d’Usons du Poitou, Premier mandat en 1973 !
MONANGE
Maurice, 1er adjoint au Maire de Poitiers, conseiller général,
ex conseiller régional 1er mandat en 1977.
PETIT
Jean, conseiller municipal, conseiller régional, maire
Neuville de Poitou. Premier mandat
SANTROT
Jacques, maire de Poitiers, conseiller régional, ancien
député, ancien conseiller général.
Premier mandat en 1977 (à vérifier).
VERGNAULT
Bernadette, ex conseiller municipal de Poitiers, députée
au parlement européen. Elue pour la première fois en (
1983 à vérifier).
Il
est possible d’allonger la liste !
L’intérêt
de ces dispositions serait de renvoyer chez eux les élus qui,
aussi bien de droite que de gauche, donc sans aucun sectarisme, sont
en place depuis plus de deux mandats. Le renouvellement par des plus
jeunes ou des plus résolus au changement se ferait
naturellement. Et si c’était nécessaire nous
pourrions rappeler un jour, par exemple l’ancien président
du conseil général ou le maire actuel de Poitiers
lorsqu’ils auraient passé quelque temps au vert...
Comment
réussir cette transformation que les élus eux-mêmes
ne s’empressent guère de revendiquer : en ouvrant une
grande pétition nationale d’initiative citoyenne qui propose
cette transformation et qui se donnera les moyens de faire pression
lors de la désignation des candidat(e)s. Internet peut là
aussi puissamment aider. Certains réseaux d’éducation
populaires pourraient trouver là un exercice appliqué
capable de transformer en actes qui comptent les propos qu’ils
tiennent depuis si longtemps.
Deuxième
marche : changer les conditions d’élection.
Il
faut décider et se donner les moyens d’imposer, de façon
populaire, à l’ensemble des candidat(e)s, à toutes
les élections, des règles et des moyens, les mêmes
pour tous, assorties d’un financement publique, exclusivement
publique des dépenses électorales. Il faut délier
tous les candidats de leur dépendance au financement
provenant des partis politiques ou d’autres sources bien évidemment
aussi intéressées. Les partis politiques reçoivent
beaucoup d’argent pour fonctionner. Au fil du temps, les aides
perçues sont devenues des freins à créativité.
Elles favorisent la fonctionnarisation des élus, les jeux
d’appareils et la sclérose démocratique. Tous les
candidat(e)s doivent être mis sur la même ligne de
départ. C’est tout à fait réaliste et
possible : pétition.
Troisième
marche : changer de mode de scrutin dans toutes les élections.
Il
faut s’inspirer de ce qui existe déjà pour élire
les municipalités des villes de plus de deux mille habitants.
Lors des prochaines élections, législatives,
sénatoriales, cantonales il faut inposer, même contre
l’avis des élus, un mode de scrutin qui permet de dégager
des majorités stables et assure à l’opposition une
représentation suffisante. Il ne saurait y avoir de démocratie
sans reconnaissance des droits de l’opposition. De plus, celle-ci
doit disposer, en partage avec la majorité, des moyens
suffisants qui lui permettent de tenir son rôle de contre
pouvoir : un scrutin mixte majoritaire et proportionnel.
Pour
l’élection présidentielle, tant que celle-ci restera
dans la logique d’un plébiscite aucun autre mode de scrutin
ne pourra être légalisé. Toutefois, en agissant
en amont il est possible de créer les conditions d’une
modalité nouvelle de présélection des candidats,
par les citoyens, sur la base d’autres critères que ceux de
l’appartenance politique, sans véritable signification. La
probité, le savoir, l’engagement, les qualités
morales des candidat(e)s sont des éléments tout aussi
appréciables et importants que le fait de savoir si les
candidates ou candidats ont fait l’ENA ou polytechnique ou s’ils
sont pistonnés par la gauche ou la droite. Ce qui importe
c’est de décider à voter les 50% de nos concitoyens
qui s’abstiennent, votent nul ou blanc. De multiples pré
candidatures primaires pourraient avoir l’avantage de poser les
termes d’un débat qui ne serait tranché que lors du
vote officiel, qui deviendrait alors le deuxième ou troisième
tour de l’élection présidentielle. Ce serait moins
gênant que de d’élire un candidat sans morale ou de
reconduire tel personnage mieux placé par défaut. Pour
instaurer cette nouvelle pratique il n’est pas indispensable qu’une
loi soit votée. Pour la prochaine élection
présidentielle les citoyens peuvent imposer un label en
choisissant d’accorder celui-ci à tel citoyen la base d’une
consultation rigoureusement démocratique, en quelque sorte en
avance sur la loi : pétition.
Quatrième
marche : pour réactiver la démocratie, donner la
primauté au citoyen.
Sur
les questions qui concernent directement la vie sociale,
professionnelle, familiale il faut restaurer partout où c’est
possible, la démocratie : dans les élections y
compris syndicales, mais aussi dans les organismes sociaux, caisses
d’assurances maladie ou de retraite, conseils de quartier,
activités économiques coopératives et
mutualistes etc. Là aussi, il faut interdire les carrières
électorales, limiter le cumul de mandats.
Dans
l’entreprise l’initiative générale demeurera encore
longtemps au pouvoir de la direction qui seule est responsable du
bilan. Mais cette dernière devrait s’ouvrir, selon une
réglementation à construire paritairement, à la
possibilité pour les salariés de peser sur
l’orientation générale de la production dont ils sont
aussi les destinataires. Le partage équitable des fruits entre
la rémunération légitime du capital et celle
tout aussi essentielle des personnels est encore à inventer.
La plus value appartient autant aux salariés qu’aux
détenteurs du capital quelque soit la forme juridique de
l’entreprise et pas seulement sous forme d’une rétrocession
du capital.
La
participation fût une audacieuse création politique.
Elle a sombrée dans l’actionnariat populaire sans vraiment
parvenir à créer ce lien équilibré qui
manque encore entre le capital et le travail. Au total, en
transformant chaque salarié en petit spéculateur la
participation a dérivé vers le capitalisme populaire,
cher aux mauvaises consciences. Cela a crée bien des
confusions sans régler aucune difficulté ni même
établir une seule passerelle praticable entre le capital et
le travail. Les salariés travailleurs n’auront jamais les
mêmes intérêts que les salariés
actionnaires, d’où l’aberration des fonds de pension.
Il
faut maintenant imaginer un système de répartition des
fruits de l’entreprise qui ne soit pas un avantage catégoriel,
réservé exclusivement aux propriétaires du
capital ou même à son personnel mais une plus value
sociale mise à disposition de la collectivité. Ainsi,
un stade, une salle de jeux, une piscine, un dispensaire etc.
construits grâce, par exemple, aux fonds socialisés
versés à un comité d’entreprise devraient
pouvoir être ouverts aux habitants de la collectivité
d’implantation. On ne verrait plus ces équipements, souvent
fort bien entretenus que sont les colonies de vacances, les chalets
de sports d’hiver, les clubs sportifs, les maisons de repos
réservés à l’usage exclusif de bénéficiaires
statutaires, sous utilisés ou fermés les trois quart de
l’année, puis, finalement abandonnés pour manque de
rentabilité lorsque par exemple une entreprise est en passe
difficile... Les biens appartenant aux chambres de commerces, aux
ordres professionnels, aux églises, aux syndicats, aux
associations etc. acquis en dérogation du droit commun fiscal
devraient sinon être considérés comme des biens
publics , au moins comme des biens à disposition
conditionnelle du public, systématiquement.
Cinquième
marche : les élus doivent rendre compte de
l’accomplissement de leur mandat,
Les
engagements électoraux doivent être suivis de
réalisations conformes. Chacun connaît la propension des
candidats à faire de promesses ... qui n’engagent que ceux
qui les écoutent.
Il
faut cesser d’insulter le Peuple. Les candidats sont responsables
de ce qu’ils disent. Ils doivent être sanctionnés
s’ils abusent l’opinion. Par exemple, faire de la réduction
de la fracture sociale un programme, être élu sur cette
base et n’avoir rien réussi de significatif, c’est plus
qu’un abus de langage, c’est un outrage dont il devrait être
rendu compte à la population. Bien des constructions
publiques, sans véritable utilité, sont la marque d’une
ambition de laisser la preuve glorieuse et matérielle d’un
pouvoir conquis puis accaparé. Rois ou présidents,
maires ou conseillers généraux combien d’élus
laissent derrières eux ces salles polyvalentes si peu
utilisées, ces équipements de prestige, ces parcs de
loisirs entretenus à grands frais, où il ne se passe
rien ou presque, sortes de châteaux de Versailles d’un
nouveau genre, en général assez laids, dont la charge
viendra grevée pour des lustres des possibilités
d’actions plus socialement indispensables. Le capitalisme n’est
pas uniquement dans l’accumulation privée des valeurs, il
est au cœur de notre vie publique quand celle-ci dérive au
point de préférer l’accessoire à l’essentiel.
Mais
un élu doit aussi rendre compte de sa situation matérielle.
Lors de toute élection il devrait obligatoirement produire un
état complet de ses biens. Celui-ci devrait être
objectivement vérifié et apprécié en fin
de mandat, par une instance réellement indépendante. Le
contrôle devrait également porter non seulement sur
l’enrichissement direct de l’élu mais également sur
celui, indirect, de sa famille et ses alliés. La politique
doit demeurer le service des autres et l’on ne doit plus considérer
comme normal ou banal l’enrichissement personnel des élus,
même par personne interposée.
Sixième
marche : organiser la répartition entre revenu et
investissement.
Par
une dérive sémantique l’économie qui est le
juste partage des richesses produites entre ses destinataires
naturels est devenue l’accaparement du profit au seul bénéfice
de ceux qui détiennent le capital. Pourtant sans les
destinataires naturels, la production n’a aucun sens. C’est
pourquoi l’intérêt à très court terme
des entreprises transnationales prévaut sur l’investissement
à long terme, pourquoi des industries entières
prospèrent sur des activités accessoires ou inutiles,
gaspillent l’énergie, font usage de substances dangereuses
ou néfastes à la santé publique, ou encore,
mettent en péril la viabilité de notre planète.
Il faut rétablir les priorités. La loi ne doit plus
admettre que l’intérêt privé l’emporte sur
l’intérêt général.
Cela
passe par une réappropriation de la formation du droit par les
citoyens. Le système politique actuel autorise toutes les
dérives. Aucun parti politique, aucune organisation existante
n’a su s’opposer aux intérêts marchands et n’est
en situation de l’emporter contre eux.
C’est
donc aux citoyens d’imposer de force les lois qui feront que les
investissements seront bien dirigés, sans aucune déviation
possible. Il faut privilégier l’utile à l’accessoire,
l’indispensable au superflu. Les plus pauvres, les plus mal lotis,
tous les oubliés de la vie ont le droit de vivre et de vivre
dans la dignité. Notre pays a les moyens de créer un
droit exemplaire et nouveau, universel, le revenu d’existence, Ce
revenu doit être d’un niveau suffisant, en pleine adéquation
avec la richesse globale que produit notre Pays afin que disparaisse
l’aléa économique qui empoisonne la vie de beaucoup
de français qui vivent pauvrement dans un pays riche. Préférer
cela à l’accumulation sans fin des capitaux au profit de
quelques uns c’est choisir plus efficacement qu’entre un camp ou
un autre.
Septième
marche : une économie de la qualité plus que de la
quantité.
Nous
sommes habitués à disposer de tout en surabondance au
point que chacun a pris conscience des gaspillages les plus
outranciers sans forcément changer ses habitudes. La rareté
des matières fossiles nous interpelle et nous oblige à
agir sans délais, la déstabilisation climatique aussi.
Collectivement nous vivons au dessus de nos moyens. Nos possibilités
de poursuivre l’exploitation éhontée des populations
indigentes mais détentrices de matières premières
s’effondre chaque jour sous le poids d’une histoire qui, même
si elle a eu des épisodes glorieux, reste marquée à
tout jamais par des pratiques discutables et aujourd’hui
inacceptables qu’il n’est pas souhaitable de perpétrer.
L’heure
de la vérité approche. Certains ont parlé de la
fin de l’Histoire. Il convient plutôt de considérer
que la disparition des mythes, la fin du déséquilibre
des rapports de force sur lesquels étaient fondés les
états et leurs politiques, l’effacement progressif des
croyances grâce auxquelles il était aisé à
une majorité ou une élite de dominer une population,
tout cela cède peu à peu et définitivement la
place à l’instauration d’une conscience largement partagée
dans le Peuple que la société n’est plus l’otage de
ceux qui entendent abuser d’elle. Nous sommes entrés en
laïcité politique.
Cette
rupture avec le passé a pour conséquence directe et
durable de privilégier, en tous domaines, la qualité
sur la quantité. La production des biens et des services, la
manière de concevoir l’action publique, les voies à
emprunter, cela dessine nos priorités plus sûrement
qu’un programme. Ce qui caractérise la période qui
s’ouvre, c’est la capacité des citoyens à
s’organiser toujours plus efficacement pour surveiller la
réalisation des objectifs hiérarchisés qu’ils
vont imposer aux pouvoirs publics, leur impatience face aux lourdeurs
de l’administration, leur vigilance à ce que soient
satisfaits les vrais besoins de la population. La société
ne change pas, elle évolue. Ce n’est qu’après avoir
dépassé ses propres règles démocratiques
et être totalement entré en démopédie que
notre pays sera apte à participer à une véritable
coopération internationale, délivrée de toute
ambition mercantile.
L’avenir
nous appartient. Décidons-en nous mêmes.
Concrètement,
reprendre le pouvoir, ou innovation audacieuse, prendre le pouvoir
par la démopédie, sans le secours de concepts
aliénants, en toute indépendance par rapport aux forces
politiques existantes, c’est construire un contrat à chaque
échelon de la société et lui accorder les moyens
de créer sa propre légitimité, y compris
budgétaire, là où s’exerce l’autorité
temporairement déléguée, sans volonté ni
possibilité de récupération. Chaque fois que
c’est à notre main, il faut nous emparer des leviers que
détiennent les frileux, les ignorants, les maladroits et
chasser les malhonnêtes et les profiteurs, présents dans
tous les lieux de pouvoir et dans toutes les chapelles qu’ils
contribuent à discréditer.
La
façon la plus simple de ne pas se heurter à la classe
politique c’est de définir les règles qui permettront
aux citoyens de choisir librement leurs représentants. Il
n’est pas sûr que les élus en place, de droite ou de
gauche, adopteraient ces règles sans y être contraints.
C’est donc aux citoyens de prendre l’initiative car aucune
avancée ne se fera par miracle. La seule voie acceptable et
possible, c’est de décider d’une grande initiative civique
(GIC). Demander aux citoyens ce qu’ils pensent du cumul des
fonctions électives et des carrières électorales.
Département par département, circonscription par
circonscription, commune par commune. Dresser l’inventaire des
personnes à écarter, décrire et lister les
accaparements électoraux, dénoncer les filiations
politiques abusives qui conduisent a des situations claniques,
corporatistes, confessionnelles. Publier ces listes, partout. Les
organisations qui ont contribué en l’entrée en
démopédie doivent mettre à disposition leurs
moyens, accompagner cette quête, assurer l’authenticité
des faits et des dires sans chercher à prendre le contrôle
d’une telle démarche.
Ensuite,
nous trouverons parmi les personnes qui ne votent plus, parmi celles
qui s’abstiennent par ce qu’aucune offre politique ne les
séduits, les relais qui conviennent. Engageons le dialogue
avec elles comme avec les acteurs de l’économie à
taille humaine qui sont plus oppressés par la mondialisation
qu’ils n’en sont solidaires. Là se trouvent sûrement
les personnes qui pourraient assurer la relève demain, dans la
probité et pour le service de la collectivité, d’entrer
pour un temps dans l’arène électorale sans s’y
compromettre. Cela ne signifie nullement que tous les élus
actuels ne sont pas honnêtes, mais seulement que le système
qui se meure ne permet pas à quelqu’un d’honnête d’y
donner sa pleine mesure.
L’opposition
gauche droite n’est qu’un repère sans frontières ni
contenus véritables. Il y a d’immense réservoir de
participation citoyenne puisque seulement 50% des électeurs
s’inscrivent sur les listes électorales et votent. Il serait
vain de tenter de « faire passer » les gens
d’un clan vers l’autre, de la droite vers la gauche ou vis et
versa même si cela est possible à la marge. Il est par
contre très productif d’amener une part importante de la
population qui néglige la démocratie au point de s’en
désintéresser, à reprendre le chemin des urnes à
condition de ne pas lui proposer un programme fourre tout ou des
slogans vengeurs mais de lui démontrer que des transformations
structurelles évidentes et tangibles sont à portée
de son bulletin de vote ce qui serait la meilleure façon
d’être citoyen, c’est dire d’être utile, compris et
respecté. Pour les autres, ceux qui ont fait un choix
classique d’appartenance, c’est la justesse du combat engagé
qui les fera venir à une logique qu’ils approuvent mais
qu’ils redoutent de ne pas pouvoir contrôler. La bonne foi de
leur engagement les conduira à sauter le pas.
C’est
ainsi que de la base peut naître en toute liberté
l’entente de tous les démocrates
et prendre vie la novation politique attendue par l’immense
majorité des françaises et des français qui est
bien la seule façon du juguler le risque de l’arrivée
fortuite et fâcheuse des partisans du replis xénophobe
et peut être le seul moyen d’apporter une contribution
positive au monde à la hauteur du meilleur de notre tradition
nationale.
Régis
ROQUETANIERE
Membre
d’Attac et du Forum social, s’exprimant à titre personnel
Ancien
compagnon de route de Michel JOBERT.
Le
19 juin 2006
regisroquetaniere@wanadoo.fr