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De la démocratie vers la démopédie

Contribution de Régis Roquetanière
mardi 20 juin 2006.
 

De la démocratie à la démopédie.


J’ai pris connaissance en détail, des longues et diverses déclarations, articles et manifestes des organisations, partis politiques, associations, syndicats, groupes d’initiatives ou coordinations de fait, locales ou thématiques qui ont avec raison le sentiment d’avoir joué un rôle très important dans les trois grandes luttes populaires significatives de ces dernières années :


  • réaction à l’immense surprise du 21 avril 2002,

  • échec au référendum sur le traité constitutionnel du 29 mai 2005,

  • abandon sous pression du CPE en avril 2006.


Ces évènements ont mobilisés des millions de personnes. L’implication individuelle de chaque citoyen a donné à ces immenses conjonctions toutes leurs forces. Ce qui a compté, se sont les explications que ces organisations ont données, le point de vue, l’orientation que pouvait en tirer chaque citoyen. Elles ont indiscutablement enrichi les débats et forgé la prise de conscience collective. Leur contribution a changé notre façon de débattre à l’échelle de notre pays qui est mûr pour une évolution qui consiste à dépasser les cadres de la démocratie formelle pour entrer dans une pratique vivante de celle-ci, l’alliance de la pédagogie et de la démocratie, la démopédie.


Les mots d’ordre que les organisations traditionnelles semblent vouloir donner à l’occasion des prochaines élections ne sont pas utiles et sont très contreproductifs. Il y a encore trop de liaisons entre ces organisations et l’existant politique actuel pour que les citoyens concernés mas non adhérents suivent ces consignes d’emblée : e monde politique n’est pas clair et tous ceux qui s’y réfèrent sont plus ou moins suspects. Actuellement, plus aucune structure ne peut parler à la place du citoyen, récupérer ses initiatives et sa liberté. Aucun parti politique, syndicat ou association, ne peut revendiquer d’être seul à l’origine des grands mouvements sociaux de ces dernières années.


C’est un fait majeur qui crée une légitimité populaire nouvelle : le citoyen a repris l’initiative, sans s’encombrer des vieilles traditions, des usages, des vieilles boutiques. Ceci était flagrant dans la lutte contre le CPE. Les étudiants ont demandé l’appui des syndicats et des organisations politiques mais ont veillé à ne pas en être dépendants, sans hostilités à l’égard de quiconque, mais fermement.


Des millions de citoyens actifs savent désormais que pour avancer ils doivent accomplir deux efforts essentiels :


  • coaliser dans la liberté toutes les forces qui dénoncent, organisent et engagent chacune à sa façon les luttes contre le néo libéralisme et son substitut, le social libéralisme.

  • Veiller à ce que les initiatives à la base ne soient ni gênées ni récupérées par les organisations traditionnelles qui ont toutes en commun de parler à la place du citoyen.


Avec des nuances, tous les textes qui circulent ces temps ci disent que c’est seulement par une « rupture » franche avec l’existant politique qu’une société plus solidaire pourra naître dans notre pays. Pourtant, la « rupture » prônée ne vise pas à changer fondamentalement la politique, c’est-à-dire ouvrir un débat sans cadre préalablement défini, constituant, mais à changer de politique c’est-à-dire adopter une perspective beaucoup modeste, plus étroite, limitée à l’offre et aux motivations que proposent les groupes ou les personnalités qui s’exprime en leurs noms. Ce n’est pas suffisant.


Les grands mots ne sont pas les grands remèdes. Les raisonnements les plus classiques ne sont pas les meilleurs. Depuis le temps que l’on discourt « fermement » sur les conditions du progrès et que l’on rédige des « programmes », que l’on expose des « théories » et que l’on clame la main sur le cœur des « convictions » le changement survient toujours plus qu’on ne le croit là où on ne l’attendait pas.



Observons quelques faits pourtant bien connus. Nous avons frôlé le grand basculement, négatif, le 21 avril 2002 et personne ne peut prétendre que ce coup de semonce était prévu.


De même, avant la dernière guerre mondiale, qui aurait pu imaginer que l’entente des bourgeois et des communistes était possible ? La France envahie, c’est pourtant cette coalition improbable qui a constitué l’essentiel de la Résistance. Tous les Résistants avaient la volonté de construire une société plus juste dès que l’ennemi commun serait vaincu. Le Conseil National de la Résistance, c’est-à-dire un très petit nombre d’individus, a élaboré, entre autre, des garanties sociales, les mêmes pour tous, en matière de soins, d’aide à la famille et de retraite. Chaque français en a bénéficié depuis 50 ans. Aujourd’hui que des intérêts strictement marchands à courtes vues veulent remettre en cause ces acquis il faut les défendre avec vigueur, les renforcer, les adapter, les étendre à toute la population, régulière ou non, dans notre pays mais aussi, là où nous pouvons aider, car ils sont la réalité très tangible et durement conquise du progrès social.


D’autres avancées se sont produites alors que l’on ne les attendait pas, parfois à l’initiative de telle personne peu habituée à s’embarrasser de préoccupations sociales. Ce fût le cas de la mensualisation des salaires qui a été inscrite dans notre droit par un banquier d’affaires entré à Matignon, déjà, sans aucune onction populaire. L’instauration des horaires mobiles qui était une souplesse bien venue dans les rapports employeurs employés s’est longtemps heurtée aux réticences de certains syndicats. Malgré les luttes menées en 1995 pour défendre les retraites socialisées, les immenses mobilisations n’ont pas fait reculer les pouvoirs publics. La dépénalisation de l’avortement, la suppression de la peine de mort, le lancement d’une véritable lutte conte la violence routière sont devenus réalité sur la base de consensus qui ont heureusement dépassé le clivage gauche droite.


Ces quelques exemples montrent que notre démocratie est bloquée ou qu’elle fonctionne au petit bonheur la chance. Aujourd’hui chaque citoyen sait qu’il doit s’opposer autrement qu’en discours à l’effondrement du contrat de travail à durée indéterminée (CDI) par ce que derrière, ce sont d’autres garanties sociales qui seraient rapidement éliminées. Quelles luttes faut-il conduire prioritairement ? Pour être efficace, comment dépasser les cadres syndicaux et politiques traditionnels puisque le combat essentiel à mener ne relève plus exclusivement du rapport employeurs employés ? A quel niveau se battre puisque nos lois sont invalidées dans bien des cas par la transcription automatique dans notre législation, du droit européen, lui même téléguidé par les logiques et les directives de l’organisation mondiale du commerce ?


Après la dernière guerre mondiale, bien des filles et des fils d’agriculteurs ont abandonné la liberté formelle du statut de paysan pour devenir salariés afin d’échapper aux incertitudes élémentaires : temps, saisons, aléas du revenu. L’instruction, accessible à tous, avait permis que chacun choisisse plus ou moins son mode de vie. Les entreprises avaient alors besoin d’une main d’œuvre non qualifiée, nombreuse. Malgré le niveau parfois honteusement bas des salaires, chaque salarié avait un revenu régulier et disposait du temps, pour faire des choix qui s’inscrivait dans la durée. Chacun pouvait raisonnablement espérer que ses enfants auraient une vie meilleure.


Aujourd’hui, l’incertitude est revenue en force, liée au développement inéluctable de la mécanisation, de la robotisation et de l’informatique. Les tâches dures ou répétitives sont faites par les machines. C’est indiscutablement un progrès qu’il ne faut pas remettre en cause mais qui accélère la recherche d’une rentabilité à tout prix. La plus value a peu à peu été captée par le système bancaire au lieu de rester à la disposition des entreprises pour accroître leurs investissements à long terme ou mieux rémunérer leurs personnels. Sous l’effet d’une concurrence accrue, l’immense majorité des entreprises qui ne sont pas dans les secteurs de pointe ou dominants n’a pu renforcer ses fonds propres ni recouvrer de la liberté par rapport aux mondes financiers. Jouant avec le feu, les pouvoirs publics ont incité les entreprises à emprunter soit en fixant des règles d’amortissement courtes, soit en accordant des avantages fiscaux qui se révèlent être des pièges. En décidant de taxer lourdement les petits employeurs de main d’œuvre l’Etat a manqué de perspicacité.


Le système bancaire va à veau l’eau. Ses marges de rentabilités s’effritent. Il est entré en compétition inégale avec des pratiques beaucoup plus prédatrices que les siennes. Une part importante de son activité est perturbée par les capitaux flottants qui se déplacent à une vitesse vertigineuse d’un paradis fiscal à l’autre, infestant au passage l’économie de production, effaçant peu à peu la différence entre le légal et l’interdit.


La dérégulation qui devait harmoniser les conditions d’exploitation sous l’effet miraculeux de la concurrence « libre et non faussée », n’a jamais fait la preuve, malgré tant d’abandons, qu’elle est une alternative crédible à la régulation par la puissance publique, à tous les degrés de celle-ci, au plan national comme au plan international. L’écart entre riches et pauvres ne cesse de s’accroître. La mondialisation, c’est-à-dire l’abrogation de toutes les frontières économiques et la permissivité érigée en dogme profite aux seules entreprises transnationales c’est-à-dire à une part toujours plus réduite de la population. Seules les productions rentables et les marchés « solvables sont privilégiées. Les effets dévastateurs de ces choix mettent partout la paix en péril grave : la population la plus défavorisée n’a plus rien à perdre.


Les luttes pour mettre en échec cette économie de concurrence ont changé de rythmes et de méthodes, voilà huit ans, lors du contre sommet de l’Organisation Mondiale du Commerce(OMC) à SEATTLE. Les premières grandes ententes internationales de citoyens ont pris forme. Cette dynamique devient productive : on la désigne désormais sous le non d’altermondialisme par ce qu’elle a vocation à intervenir tous azimuts, partout dans le monde.


Les premiers résultats apparaissent en Amérique du sud. Ces Pays entrent dans le système global, y résistent et prospèrent. Très vite, par réalisme, ils sont contraints d’adopter les méthodes et les règles de gestion de l’économie dominante. Pourtant, ils ne se fondent dans cette dernière. Ils s’accommodent de la compétition, deviennent concurrents de nos propres productions plus chargées socialement mais à la différence des tenant du néolibéralisme, ils mettent peu à peu en place les institutions et les instruments sociaux dont leurs peuples étaient privés. Les pays émergents sont confrontés, comme les pays les plus développés au prix croissant de la main d’œuvre. A terme, pour préserver leur avantage différentiel, si la logique néo libérale persistait, l’emploi continuerait à n’être qu’une variable d’ajustement avec son cortège de possibilités et de drames : tassement des rémunérations, mise en concurrence des salariés entre eux, précarisation du contrat de travail, délocalisations.


Chez nous, dans le même temps, l’Etat français doit faire face à des obligations nouvelles. Sa charge ne cesse de s’alourdir. Des choix clairs n’ont pas été faits. Les questions les plus compliquées et les plus urgentes, telles que la santé et la retraite, le temps de travail et l’urbanisation, l’équilibre social et l’accès à tous aux moyens matériels de la dignité personnelle n’ont pas été pensés dans une cohérence globale. Il fallait oser affronter les plus puissants qui doivent plus à la société qu’ils ne l’admettent. Il fallait instaurer une fiscalité de liberté qui recueille plus largement les recettes nécessaires au social sans gêner le développement économique. Alors qu’on nous rebat les oreilles en prétendant que la croissance serait LA solution miracle pour parvenir à équilibrer les budgets liés à l’amélioration toujours souhaitable de la protection des français, rien d’important n’a été entrepris pour diriger fermement l’économie, c’est-à-dire le partage des richesses produites vers la satisfaction, pour tous, des besoins de base. Il fallait inciter, choisir, préférer sans sombrer dans l’assistanat. Les pouvoirs publics se sont contentés de répondre à la demande des forces établies grâce auxquelles elles sont parvenues au pouvoir : nous vivons depuis trop longtemps sous le régime de la récompense électorale. Notre Pays est maintenant dans une situation inextricable. Il n’a plus guère d’amis mais compte beaucoup de concurrents. Il possède peu de matières premières. Sans aucun débat démocratique, il a fait le choix d’une production électrique concentrée sur une technologie. Les conséquences à terme sont au minimum incertaines, probablement défavorables aux générations futures si des investissements très importants ne sont pas engagés pour neutraliser les déchets nucléaires. Notre Etat néglige de bien gérer l’espace dont il dispose en concentrant la population sur moins de 10% de son territoire et souvent dans des conditions de vie abominables. Les dérives violentes de l’automne 2005 nous ont confirmé que les habitants des quartiers défavorisés ne supportent plus leur marginalisation, mot aimable pour ne pas parler de ségrégation. Tout cela s’accorde très mal avec la trop vaste nomenclature qu’entretient notre pays à grand frais. La paralyse dans laquelle se trouve la France depuis plus de vingt ans doit cesser.


En refusant d’innover, de remettre en cause ses habitudes, de rectifier tout ce qui peut et doit l’être, la France va sombrer dans un coma profond et ceux qui prétendent parler en son nom et font du replis et de la haine de l’autre un fonds de commerce, au pire, finiront par l’emporter, au mieux permettront aux partisans de l’Europe de la dilution démocratique de récolter le pouvoir sans trop savoir qu’en faire


Contrer cette descente aux enfers c’est permettre au citoyen le droit de reprendre le pouvoir, c’est l’inciter à agir en faveur de la collectivité autrement que par les voies traditionnelles. C’est d’autant plus nécessaire que notre capacité à adopter des lois vraiment choisies par nous diminue rapidement.


L’improbable aujourd’hui est la base la plus solide de l’innovation de demain. Nous sommes en face d’une évidence qui nous crève les yeux. Le changement ne viendra pas d’une lutte des citoyens entre eux. Les mots extrêmes, les colères justifiées des uns et des autres ne doivent pas nous faire perdre de vue l’essentiel. Les moyens d’agir ne nous seront pas donnés. Nous devons les prendre, à mains nues. Nous n’avons à attendre de salut que du Peuple. Malgré tous les clivages, malgré des analyses différentes, face à des possibilités nouvelles, nous sommes liés. Nous sommes un Peuple c’est-à-dire un ensemble indéfinissable d’identités individuelles liées par une vision culturelle commune bien supérieure au clivage « politique » gauche droite ou à l’origine de nos ancêtres. Et notre Peuple est solidaire en tant que tel des autres Peuples.

En politique, le centre, çà n’existe pas ou seulement sous la forme d’un espace vide dans lequel s’équilibre où s’annule la possibilité de trancher entre le mal et le pis.

Ce qui fonde un Peuple ce n’est pas la lutte ou la transaction apaisée des visions différentes ou même la conscience de classe. Un Peuple n’existe que lorsqu’il ressent l’impérieuse nécessité de faire converger des actes majeurs afin d’éviter l’effondrement du lien collectif, pour ressourcer la légalité ou réorganiser sa société. Voilà le sens caché des grands mouvements sociaux de ces dernières années : le Peuple s’est mis en marche, sans qu’il y ait été convié par « ses dirigeants ».


Nous sommes entrés dans une période favorable à l’innovation. Tout monde admet que la classe politique n’est plus en phase avec les citoyens, que le système partisan montre ses limites au point que 50% des citoyens ne votent plus. Voilà où se situe l’espérance, il y a 50 % de citoyens qui peuvent encore donner leur avis. C’est à eux qu’il faut s’adresser.


Qui peut sérieusement dire que les combats politiques menés, sans ordre de préférence, par José, Marie Georges, Olivier, Arlette, Claude, Bernard, Jacques ou Yves et tant d’autres ne sont pas utiles, solidement argumentés, bien orientés. Ces gens sont à la tête de structures qui pensent. Ils ont bien agis. Il est légitime qu’ils exposent leurs solutions. A ce jour, concrètement, leurs propositions sont très minces, le plus souvent une simple piste de réflexion, sans projets concrets d’envergure. La dénonciation générale, l’imprécation, les solutions partielles ou techniques qu’offrent-ils réellement au delà de la réécriture modernisée de vieilles aspirations légitimes ? Aucun programme de notre temps, d’envergure, fondateur n’est en vue. Souvenons-nous des aberrations de la guerre d’Espagne, des Khmers Rouges, du virage à 180 degré du parti communiste Chinois devenu l’allié le plus sûr du néolibéralisme. Les coalitions d’appareils ou d’entités élitistes, parfois groupusculaires, sont historiquement jalonnées de combats fratricides et de détournements politiques terribles. Des conflits portant sur des intérêts mineurs peuvent éclater à tout instant et permettre, par défaut, aux logiques qu’il faut combattre, d’être seules en situation de reprendre la main.


D’autres acteurs civiques plus discrets et tout aussi efficaces ont gagné des batailles sans lesquelles les apories politiques auraient fait les bonnes affaires des conservateurs de tous poils. Il faut saluer tout particulièrement ces personnes. Elles n’ont pas hésité à prendre langue avec les responsables politiques du bord opposé et sont parvenues à les convaincre, lors du débat préalable sur le traité constitutionnel pour l’Europe, qu’il fallait au moins respecter notre tradition démocratique nationale qui veut qu’une texte qui remet en cause le principe de souveraineté populaire soit d’abord soumis au consentement du Peuple par référendum. Nous devons une fière chandelle à ces quasi anonymes. Cela nous oblige à ne pas baisser la garde face à ceux qui de gauche comme de droite, veulent royalement reprendre la décision du Peuple. L’Europe productiviste et marchande à beaucoup de partisans dans la classe politique. Les 55% de citoyens qui ont voté Non le 29 mai 2005 doivent veiller à ce qu’on ne les abuse pas, en douce, en passant par la voie parlementaire, comme certains s’y préparent ouvertement.


D’autres héros de l’ombre ou de la pénombre mènent chaque jour, avec les moyens approximatifs, parfois illégaux mais légitimes, poétiques aussi, le combat essentiel contre l’imprudente culture en plein air des organismes génétiquement modifiés (OGM). D’autres encore, conduisent des actions concrètes de solidarités dans les quartiers, là où la population est humiliée et offensée, littéralement abandonnée. Ceux qui donnent leur temps aux sans repères et aux sans espoirs, sont aussi les bâtisseurs d’un nouveau contrat social et les artisans d’un changement résolu. Sont-ils pour autant les porteurs réalistes d’une novation politique ? Rien n’est moins sûr. Souvent même ils ne croient plus en la politique, non sans raison...


Les grands mouvements sociaux de ces dernières années sont le produit d’efforts importants et magnifiques. Ils ne nous dispensent pas, pour construire concrètement d’autres mondes possibles, d’entrer frontalement en conflit démocratique avec les défendeurs résolus ou mous du néolibéralisme et de ses dérivés. Si nous voulons faire bouger la réalité politique par le Peuple, il faut que celui-ci décide lui-même et positivement de son organisation, qu’il choisisse de sortir du marasme dans lequel nous sommes, et d’en sortir par le haut. C’est le Peuple dans son ensemble qui doit agir. Nous n’avons nul besoin de déléguer notre pouvoir de citoyen aux représentants patentés des catégories sociales ou professionnelles. Il est inutile de continuer à gloser sur l’exclusion qui ne fera que progresser si comme depuis plus de trente ans nous n’abandonnons pas nos références et ne cessons pas de saluer les petits maîtres qui nous ont placé dans l’impasse où nous sommes. Seul le Peuple peut faire bouger la réalité politique. Même sans les OGM, le monde dans lequel nous vivons ne peut subsister que s’il se décide à organiser positivement sa mutation c’est dire l’amélioration concrète de la vie de tous les Hommes et le respect de l’environnement. Commençons chez-nous.


Il n’y a pas un Peuple de gauche et un Peuple de droite, il n’y a qu’un Peuple, un seul et unique Peuple français. Il n’y a pas des gens qui savent et des imbéciles qui ne comprennent rien à la politique. Tous les hésitants, les non ou mal informés sont victimes du système globalisant qui nous oppresse. Il est évident que nous ne disposons pas des considérables moyens des entreprises qui soutiennent la mondialisation, ni de ceux que celle-ci met à la disposition de ses affidés. Cependant, nous possédons l’usage sans limite de la parole directe. Le lien physique et de proximité, pour peu que nous lui consacrions du temps, nous donne l’avantage. Plus personne ne croit à ce qui se dit à la télé et dans tout le système de racolage médiatique. Nous disposons d’une force de frappe immense et totalement libre, internet, qui nous permet des possibilités infinies de liens et de dialogues. Nos faibles ressources de citoyens sont devenues une chance. Nous n’avons nullement besoin de gaspiller des sommes phénoménales dans la « communication » tant celle-ci est mensongère. Plaçons nous résolument hors du magma politique et médiatique traditionnel qui occupe l’espace et s’acharne à nous transformer en citoyen virtuel et se donne pour objectif de dématérialiser le lien entre la population et ses représentants. Construisons pas à pas notre démarche d’émancipation. Cela peut aller très vite à condition que nous prenions conscience qu’il n’y a pas une modalité d’action à mettre ne œuvre, mais un ensemble hiérarchisé et incontournable d’étapes à franchir : l’escalier de la rénovation démocratique.





Première marche : changer tout le personnel politique.


Sans un renouvellement généralisé des professionnels de la politique, de gauche comme de droite, il ne sera pas possible de réussir aucune grande transformation. Certains élus sont au pouvoir depuis 5O ans. La vague rose date de 1981. Imposer ce renouvellement ce n’est pas être hostile aux partis politiques. C’est simplement exiger et faire respecter que les élus demeurent bien les représentants des citoyens alors qu’ils ne sont aujourd’hui que les mandatés des partis politiques, donc les obligés de ceux-ci, auxquels ils doivent leur carrière et leur situation matérielle plus que confortable. C’est cette subordination qui a brisé le lien de confiance dont est victime aujourd’hui toute la classe politique. Aider les vieilles boutiques à se renouveler et changer de pratiques, en profondeur, même en les mettant en difficulté, c’est leur rendre service.


Elles doivent payer pour :


  • « les affaires » (Urba, Hlm de Paris, sang contaminé, financement occulte des campagnes électorales, Mnef etc.)

  • les aises qu’elles se sont octroyées : carrières électorales à disposition de dynasties familiales ou sociales, des grandes écoles élitistes, protections accordée sans scrupule à telle ou telle organisation plus ou moins occulte...mais qui sait si bien renvoyer l’ascenseur...

  • le scandaleux décalage entre les promesses faites et les réalisations effectives.

  • le détournement de nos institutions pour les mettre au service de leurs clientèles au lieu de les modifier lorsque l’usage en a montré la nécessité et d’en renforcer l’intérêt pour tous, sans arrière pensée.


Le désespoir des citoyens ne doit pas descendre plus bas.


Il faut revenir à l’essence de la représentation populaire en ne confiant qu’un seul mandat électoral à titre provisoire et seulement à des personnes choisies par les électeurs. Si une deuxième fonction électorale peut être détenue par un élu afin qu’il conserve un lien étroit entre avec sa base, c’est sous la condition expresse de ne pas exercer deux responsabilités majeures. De même, aucun élu ne devrait pouvoir être consécutivement reconduit dans ses fonctions plus d’une fois. Cela mettrait fin aux campagnes électorales permanentes autant qu’aux décisions clientélistes prises dans le but de se faire réélire perpétuellement. Les élus disposeraient du temps pour se consacrer pleinement au bon exercice de leurs responsabilités. Dans un nombre de situations précises et limitées, une personnalité d’exception devrait pouvoir mettre son expérience à la disposition de la collectivité : un devoir de suite, pour un ultime mandat, plus court, dans tous les cas après une période d’inéligibilité égale au moins aux deux derniers mandats exercés, pourrait être instauré.


Prenons un exemple concret. Si nous adoptions cette règle, dans le département de la Vienne, mais on peut faire des listes semblables au niveau régional ou national, les dix « premiers gagnants » (top ten) priés de rentrer dans leurs foyers seraient, par ordre alphabétique et sans aucune préférence :


ABELIN Jean-Pierre, député, conseiller général, conseiller municipal, ex maire de Châtellerault (après son père, qui fût maire, député secrétaire d’Etat et Ministre, et sa mère qui ne fût que conseiller général et élue municipal), beau frère d’Alain FOUCHE, sénateur etc. Premier mandat en 1977 !

CHAMARD Jean-Yves, député, conseiller municipal, conseiller général. Premier mandat en 1973 !


CLAYES Alain, député, conseiller général, ex conseiller régional et municipal. Premier mandat en 1982 !

DE RUSSE Guillaume, maire et conseiller général de Montmorillon. Premier mandat en (à compléter)


FOUCHE Alain, sénateur, président du conseil général, ex maire de Chauvigny (beau frère de Jean-Pierre ABELIN, déjà cité, voir ci dessus), ex conseiller régional. Premier mandat (à compléter)


LEPERC Arnaud, Député, conseiller général, maire d’Usons du Poitou, Premier mandat en 1973 !

MONANGE Maurice, 1er adjoint au Maire de Poitiers, conseiller général, ex conseiller régional 1er mandat en 1977.

PETIT Jean, conseiller municipal, conseiller régional, maire Neuville de Poitou. Premier mandat

SANTROT Jacques, maire de Poitiers, conseiller régional, ancien député, ancien conseiller général. Premier mandat en 1977 (à vérifier).


VERGNAULT Bernadette, ex conseiller municipal de Poitiers, députée au parlement européen. Elue pour la première fois en ( 1983 à vérifier).


Il est possible d’allonger la liste !


L’intérêt de ces dispositions serait de renvoyer chez eux les élus qui, aussi bien de droite que de gauche, donc sans aucun sectarisme, sont en place depuis plus de deux mandats. Le renouvellement par des plus jeunes ou des plus résolus au changement se ferait naturellement. Et si c’était nécessaire nous pourrions rappeler un jour, par exemple l’ancien président du conseil général ou le maire actuel de Poitiers lorsqu’ils auraient passé quelque temps au vert...


Comment réussir cette transformation que les élus eux-mêmes ne s’empressent guère de revendiquer : en ouvrant une grande pétition nationale d’initiative citoyenne qui propose cette transformation et qui se donnera les moyens de faire pression lors de la désignation des candidat(e)s. Internet peut là aussi puissamment aider. Certains réseaux d’éducation populaires pourraient trouver là un exercice appliqué capable de transformer en actes qui comptent les propos qu’ils tiennent depuis si longtemps.


Deuxième marche : changer les conditions d’élection.


Il faut décider et se donner les moyens d’imposer, de façon populaire, à l’ensemble des candidat(e)s, à toutes les élections, des règles et des moyens, les mêmes pour tous, assorties d’un financement publique, exclusivement publique des dépenses électorales. Il faut délier tous les candidats de leur dépendance au financement provenant des partis politiques ou d’autres sources bien évidemment aussi intéressées. Les partis politiques reçoivent beaucoup d’argent pour fonctionner. Au fil du temps, les aides perçues sont devenues des freins à créativité. Elles favorisent la fonctionnarisation des élus, les jeux d’appareils et la sclérose démocratique. Tous les candidat(e)s doivent être mis sur la même ligne de départ. C’est tout à fait réaliste et possible : pétition.


Troisième marche : changer de mode de scrutin dans toutes les élections.


Il faut s’inspirer de ce qui existe déjà pour élire les municipalités des villes de plus de deux mille habitants. Lors des prochaines élections, législatives, sénatoriales, cantonales il faut inposer, même contre l’avis des élus, un mode de scrutin qui permet de dégager des majorités stables et assure à l’opposition une représentation suffisante. Il ne saurait y avoir de démocratie sans reconnaissance des droits de l’opposition. De plus, celle-ci doit disposer, en partage avec la majorité, des moyens suffisants qui lui permettent de tenir son rôle de contre pouvoir : un scrutin mixte majoritaire et proportionnel.


Pour l’élection présidentielle, tant que celle-ci restera dans la logique d’un plébiscite aucun autre mode de scrutin ne pourra être légalisé. Toutefois, en agissant en amont il est possible de créer les conditions d’une modalité nouvelle de présélection des candidats, par les citoyens, sur la base d’autres critères que ceux de l’appartenance politique, sans véritable signification. La probité, le savoir, l’engagement, les qualités morales des candidat(e)s sont des éléments tout aussi appréciables et importants que le fait de savoir si les candidates ou candidats ont fait l’ENA ou polytechnique ou s’ils sont pistonnés par la gauche ou la droite. Ce qui importe c’est de décider à voter les 50% de nos concitoyens qui s’abstiennent, votent nul ou blanc. De multiples pré candidatures primaires pourraient avoir l’avantage de poser les termes d’un débat qui ne serait tranché que lors du vote officiel, qui deviendrait alors le deuxième ou troisième tour de l’élection présidentielle. Ce serait moins gênant que de d’élire un candidat sans morale ou de reconduire tel personnage mieux placé par défaut. Pour instaurer cette nouvelle pratique il n’est pas indispensable qu’une loi soit votée. Pour la prochaine élection présidentielle les citoyens peuvent imposer un label en choisissant d’accorder celui-ci à tel citoyen la base d’une consultation rigoureusement démocratique, en quelque sorte en avance sur la loi : pétition.


Quatrième marche : pour réactiver la démocratie, donner la primauté au citoyen.


Sur les questions qui concernent directement la vie sociale, professionnelle, familiale il faut restaurer partout où c’est possible, la démocratie : dans les élections y compris syndicales, mais aussi dans les organismes sociaux, caisses d’assurances maladie ou de retraite, conseils de quartier, activités économiques coopératives et mutualistes etc. Là aussi, il faut interdire les carrières électorales, limiter le cumul de mandats.


Dans l’entreprise l’initiative générale demeurera encore longtemps au pouvoir de la direction qui seule est responsable du bilan. Mais cette dernière devrait s’ouvrir, selon une réglementation à construire paritairement, à la possibilité pour les salariés de peser sur l’orientation générale de la production dont ils sont aussi les destinataires. Le partage équitable des fruits entre la rémunération légitime du capital et celle tout aussi essentielle des personnels est encore à inventer. La plus value appartient autant aux salariés qu’aux détenteurs du capital quelque soit la forme juridique de l’entreprise et pas seulement sous forme d’une rétrocession du capital.


La participation fût une audacieuse création politique. Elle a sombrée dans l’actionnariat populaire sans vraiment parvenir à créer ce lien équilibré qui manque encore entre le capital et le travail. Au total, en transformant chaque salarié en petit spéculateur la participation a dérivé vers le capitalisme populaire, cher aux mauvaises consciences. Cela a crée bien des confusions sans régler aucune difficulté ni même établir une seule passerelle praticable entre le capital et le travail. Les salariés travailleurs n’auront jamais les mêmes intérêts que les salariés actionnaires, d’où l’aberration des fonds de pension.


Il faut maintenant imaginer un système de répartition des fruits de l’entreprise qui ne soit pas un avantage catégoriel, réservé exclusivement aux propriétaires du capital ou même à son personnel mais une plus value sociale mise à disposition de la collectivité. Ainsi, un stade, une salle de jeux, une piscine, un dispensaire etc. construits grâce, par exemple, aux fonds socialisés versés à un comité d’entreprise devraient pouvoir être ouverts aux habitants de la collectivité d’implantation. On ne verrait plus ces équipements, souvent fort bien entretenus que sont les colonies de vacances, les chalets de sports d’hiver, les clubs sportifs, les maisons de repos réservés à l’usage exclusif de bénéficiaires statutaires, sous utilisés ou fermés les trois quart de l’année, puis, finalement abandonnés pour manque de rentabilité lorsque par exemple une entreprise est en passe difficile... Les biens appartenant aux chambres de commerces, aux ordres professionnels, aux églises, aux syndicats, aux associations etc. acquis en dérogation du droit commun fiscal devraient sinon être considérés comme des biens publics , au moins comme des biens à disposition conditionnelle du public, systématiquement.


Cinquième marche : les élus doivent rendre compte de l’accomplissement de leur mandat,


Les engagements électoraux doivent être suivis de réalisations conformes. Chacun connaît la propension des candidats à faire de promesses ... qui n’engagent que ceux qui les écoutent.

Il faut cesser d’insulter le Peuple. Les candidats sont responsables de ce qu’ils disent. Ils doivent être sanctionnés s’ils abusent l’opinion. Par exemple, faire de la réduction de la fracture sociale un programme, être élu sur cette base et n’avoir rien réussi de significatif, c’est plus qu’un abus de langage, c’est un outrage dont il devrait être rendu compte à la population. Bien des constructions publiques, sans véritable utilité, sont la marque d’une ambition de laisser la preuve glorieuse et matérielle d’un pouvoir conquis puis accaparé. Rois ou présidents, maires ou conseillers généraux combien d’élus laissent derrières eux ces salles polyvalentes si peu utilisées, ces équipements de prestige, ces parcs de loisirs entretenus à grands frais, où il ne se passe rien ou presque, sortes de châteaux de Versailles d’un nouveau genre, en général assez laids, dont la charge viendra grevée pour des lustres des possibilités d’actions plus socialement indispensables. Le capitalisme n’est pas uniquement dans l’accumulation privée des valeurs, il est au cœur de notre vie publique quand celle-ci dérive au point de préférer l’accessoire à l’essentiel.


Mais un élu doit aussi rendre compte de sa situation matérielle. Lors de toute élection il devrait obligatoirement produire un état complet de ses biens. Celui-ci devrait être objectivement vérifié et apprécié en fin de mandat, par une instance réellement indépendante. Le contrôle devrait également porter non seulement sur l’enrichissement direct de l’élu mais également sur celui, indirect, de sa famille et ses alliés. La politique doit demeurer le service des autres et l’on ne doit plus considérer comme normal ou banal l’enrichissement personnel des élus, même par personne interposée.


Sixième marche : organiser la répartition entre revenu et investissement.

Par une dérive sémantique l’économie qui est le juste partage des richesses produites entre ses destinataires naturels est devenue l’accaparement du profit au seul bénéfice de ceux qui détiennent le capital. Pourtant sans les destinataires naturels, la production n’a aucun sens. C’est pourquoi l’intérêt à très court terme des entreprises transnationales prévaut sur l’investissement à long terme, pourquoi des industries entières prospèrent sur des activités accessoires ou inutiles, gaspillent l’énergie, font usage de substances dangereuses ou néfastes à la santé publique, ou encore, mettent en péril la viabilité de notre planète. Il faut rétablir les priorités. La loi ne doit plus admettre que l’intérêt privé l’emporte sur l’intérêt général.


Cela passe par une réappropriation de la formation du droit par les citoyens. Le système politique actuel autorise toutes les dérives. Aucun parti politique, aucune organisation existante n’a su s’opposer aux intérêts marchands et n’est en situation de l’emporter contre eux.


C’est donc aux citoyens d’imposer de force les lois qui feront que les investissements seront bien dirigés, sans aucune déviation possible. Il faut privilégier l’utile à l’accessoire, l’indispensable au superflu. Les plus pauvres, les plus mal lotis, tous les oubliés de la vie ont le droit de vivre et de vivre dans la dignité. Notre pays a les moyens de créer un droit exemplaire et nouveau, universel, le revenu d’existence, Ce revenu doit être d’un niveau suffisant, en pleine adéquation avec la richesse globale que produit notre Pays afin que disparaisse l’aléa économique qui empoisonne la vie de beaucoup de français qui vivent pauvrement dans un pays riche. Préférer cela à l’accumulation sans fin des capitaux au profit de quelques uns c’est choisir plus efficacement qu’entre un camp ou un autre.


Septième marche : une économie de la qualité plus que de la quantité.


Nous sommes habitués à disposer de tout en surabondance au point que chacun a pris conscience des gaspillages les plus outranciers sans forcément changer ses habitudes. La rareté des matières fossiles nous interpelle et nous oblige à agir sans délais, la déstabilisation climatique aussi. Collectivement nous vivons au dessus de nos moyens. Nos possibilités de poursuivre l’exploitation éhontée des populations indigentes mais détentrices de matières premières s’effondre chaque jour sous le poids d’une histoire qui, même si elle a eu des épisodes glorieux, reste marquée à tout jamais par des pratiques discutables et aujourd’hui inacceptables qu’il n’est pas souhaitable de perpétrer.


L’heure de la vérité approche. Certains ont parlé de la fin de l’Histoire. Il convient plutôt de considérer que la disparition des mythes, la fin du déséquilibre des rapports de force sur lesquels étaient fondés les états et leurs politiques, l’effacement progressif des croyances grâce auxquelles il était aisé à une majorité ou une élite de dominer une population, tout cela cède peu à peu et définitivement la place à l’instauration d’une conscience largement partagée dans le Peuple que la société n’est plus l’otage de ceux qui entendent abuser d’elle. Nous sommes entrés en laïcité politique.


Cette rupture avec le passé a pour conséquence directe et durable de privilégier, en tous domaines, la qualité sur la quantité. La production des biens et des services, la manière de concevoir l’action publique, les voies à emprunter, cela dessine nos priorités plus sûrement qu’un programme. Ce qui caractérise la période qui s’ouvre, c’est la capacité des citoyens à s’organiser toujours plus efficacement pour surveiller la réalisation des objectifs hiérarchisés qu’ils vont imposer aux pouvoirs publics, leur impatience face aux lourdeurs de l’administration, leur vigilance à ce que soient satisfaits les vrais besoins de la population. La société ne change pas, elle évolue. Ce n’est qu’après avoir dépassé ses propres règles démocratiques et être totalement entré en démopédie que notre pays sera apte à participer à une véritable coopération internationale, délivrée de toute ambition mercantile.


L’avenir nous appartient. Décidons-en nous mêmes.

Concrètement, reprendre le pouvoir, ou innovation audacieuse, prendre le pouvoir par la démopédie, sans le secours de concepts aliénants, en toute indépendance par rapport aux forces politiques existantes, c’est construire un contrat à chaque échelon de la société et lui accorder les moyens de créer sa propre légitimité, y compris budgétaire, là où s’exerce l’autorité temporairement déléguée, sans volonté ni possibilité de récupération. Chaque fois que c’est à notre main, il faut nous emparer des leviers que détiennent les frileux, les ignorants, les maladroits et chasser les malhonnêtes et les profiteurs, présents dans tous les lieux de pouvoir et dans toutes les chapelles qu’ils contribuent à discréditer.


La façon la plus simple de ne pas se heurter à la classe politique c’est de définir les règles qui permettront aux citoyens de choisir librement leurs représentants. Il n’est pas sûr que les élus en place, de droite ou de gauche, adopteraient ces règles sans y être contraints. C’est donc aux citoyens de prendre l’initiative car aucune avancée ne se fera par miracle. La seule voie acceptable et possible, c’est de décider d’une grande initiative civique (GIC). Demander aux citoyens ce qu’ils pensent du cumul des fonctions électives et des carrières électorales. Département par département, circonscription par circonscription, commune par commune. Dresser l’inventaire des personnes à écarter, décrire et lister les accaparements électoraux, dénoncer les filiations politiques abusives qui conduisent a des situations claniques, corporatistes, confessionnelles. Publier ces listes, partout. Les organisations qui ont contribué en l’entrée en démopédie doivent mettre à disposition leurs moyens, accompagner cette quête, assurer l’authenticité des faits et des dires sans chercher à prendre le contrôle d’une telle démarche.


Ensuite, nous trouverons parmi les personnes qui ne votent plus, parmi celles qui s’abstiennent par ce qu’aucune offre politique ne les séduits, les relais qui conviennent. Engageons le dialogue avec elles comme avec les acteurs de l’économie à taille humaine qui sont plus oppressés par la mondialisation qu’ils n’en sont solidaires. Là se trouvent sûrement les personnes qui pourraient assurer la relève demain, dans la probité et pour le service de la collectivité, d’entrer pour un temps dans l’arène électorale sans s’y compromettre. Cela ne signifie nullement que tous les élus actuels ne sont pas honnêtes, mais seulement que le système qui se meure ne permet pas à quelqu’un d’honnête d’y donner sa pleine mesure.


L’opposition gauche droite n’est qu’un repère sans frontières ni contenus véritables. Il y a d’immense réservoir de participation citoyenne puisque seulement 50% des électeurs s’inscrivent sur les listes électorales et votent. Il serait vain de tenter de « faire passer » les gens d’un clan vers l’autre, de la droite vers la gauche ou vis et versa même si cela est possible à la marge. Il est par contre très productif d’amener une part importante de la population qui néglige la démocratie au point de s’en désintéresser, à reprendre le chemin des urnes à condition de ne pas lui proposer un programme fourre tout ou des slogans vengeurs mais de lui démontrer que des transformations structurelles évidentes et tangibles sont à portée de son bulletin de vote ce qui serait la meilleure façon d’être citoyen, c’est dire d’être utile, compris et respecté. Pour les autres, ceux qui ont fait un choix classique d’appartenance, c’est la justesse du combat engagé qui les fera venir à une logique qu’ils approuvent mais qu’ils redoutent de ne pas pouvoir contrôler. La bonne foi de leur engagement les conduira à sauter le pas.


C’est ainsi que de la base peut naître en toute liberté l’entente de tous les démocrates et prendre vie la novation politique attendue par l’immense majorité des françaises et des français qui est bien la seule façon du juguler le risque de l’arrivée fortuite et fâcheuse des partisans du replis xénophobe et peut être le seul moyen d’apporter une contribution positive au monde à la hauteur du meilleur de notre tradition nationale.



Régis ROQUETANIERE

Membre d’Attac et du Forum social, s’exprimant à titre personnel

Ancien compagnon de route de Michel JOBERT.

Le 19 juin 2006

regisroquetaniere@wanadoo.fr


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