Le 29 mai 2005, une large majorité des citoyennes et citoyens de notre
pays a dit Non au projet de Constitution européenne. Loin d’être un
rejet de l’idée de la construction européenne, ce vote a témoigné du
refus croissant des politiques néo-libérales qui sévissent depuis plus
de vingt ans. Ce mouvement n’est pas propre à la France, il s’exprime
aussi, sous des formes diverses dans d’autres pays de l’Union Européenne
et dans d’autres continents.
La victoire du Non a révélé des potentialités de mobilisation et soulevé
un espoir à la mesure du formidable engagement citoyen qui a permis la
victoire. La démonstration a été faite qu’un rassemblement populaire
majoritaire était possible pour s’opposer au libéralisme, au moins sur
un objectif précis. Toutes celles et tous ceux - organisations
politiques, syndicales, associatives, mouvements sociaux, citoyennes et
citoyens - qui ont contribué à cette victoire ont la responsabilité de
proposer des perspectives ambitieuses.
La mobilisation unitaire, populaire, citoyenne, dans le cadre des
collectifs a été un vecteur essentiel de la victoire. L’unité des forces
anti-libérales, le " mélange " dans l’action de personnes sans
appartenances organisationnelles, de militants associatifs, syndicaux et
politiques, l’articulation entre questions sociales et politiques, ont
été les leviers de cette dynamique. Les collectifs unitaires continuent
dans le même esprit et dans la même dynamique :
- pour construire des mobilisations concrètes de résistance aux
politiques libérales,
- pour produire des réflexions et des propositions pour une alternative
en France et en Europe.
- pour développer des solidarités avec les luttes contre les politiques
libérales qui se développent dans le monde entier.
Les pouvoirs en place ne tiennent aucun compte de la volonté populaire
exprimée. Le gouvernement poursuit et aggrave la politique de
démantèlement social de son prédécesseur. Dans le même temps, il
multiplie les mesures en faveur des entreprises et des riches qui
favorisent l’accumulation des richesses par un petit nombre au prix du
recul de la situation du plus grand nombre.
L’explosion des quartiers populaires est un puissant révélateur des
dégâts des politiques libérales et de la crise sociale dans laquelle
sont plongés des pans entiers des populations et des territoires depuis
plus de deux décennies : chômage, précarité, exclusion, discriminations,
racisme, vexations, etc. La politique gouvernementale, les provocations
du Ministre de l’Intérieur, ainsi que sa vision communautariste, ont
attisé les exaspérations. Devant ce constat de faillite, le gouvernement
tente de contourner la question sociale par une rhétorique
ultra-sécuritaire et anti-immigrée. Alors que c’est l’urgence sociale
qu’il faut décréter, il décrète l’état d’urgence dont nous demandons la
levée.
Leur politique organise partout l’insécurité. L’attitude méprisante à
l’égard des populations des quartiers populaires frappe aussi les
lycéens en lutte traînés en justice, les salariés en grève réprimés par
la force, les chômeurs radiés de l’indemnisation, les immigré/e/s
stigmatisés, etc. Chirac, Villepin, Sarkozy, ne règlent pas les
problèmes, ils les amplifient !
En Europe, les projets libéraux se poursuivent également : directive "
services " (Bolkestein), directive " temps de travail ", règlement "
transports urbains ", règlement Reach sur les produits chimiques, le
projet de loi 1206 DADYSI adaptation au droit français de la directive
européenne EUCD, etc. Au niveau international, un nouveau cycle de
libéralisation est en discussion dans la perspective de la Conférence
ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), en décembre
à Hong Kong qui veut accélérer le libre-échange.
Nos concitoyennes et concitoyens n’ont pas changé d’avis depuis le 29
mai. Les sondages attestent toujours de leur rejet majoritaire du
libéralisme (et même du capitalisme et des actionnaires !). Durant
l’été, des luttes sont venues illustrer les logiques que nous avions
dénoncées : ouvriers polonais des chantiers navals de Saint Nazaire ou
saisonniers marocains du Sud Est victimes avant l’heure de la
philosophie " Bolkestein " ; mais aussi salariés de Nestlé arrachant des
perspectives de redémarrage de leur entreprise. Depuis la rentrée, de
nombreuses luttes se développent. La mobilisation interprofessionnelle
du 4 octobre a témoigné de cette combativité. Les grèves reconductibles
à la SNCM et à la RTM à Marseille ont montré une forte détermination. La
manifestation du 19 novembre pour la promotion des services publics a
été un succès. Des mobilisations pour les droits démocratiques,
l’égalité, la dignité de tou/te/s sont appelées à se développer.
Mais ces luttes buttent sur l’offensive patronale et gouvernementale. Il
faut remonter loin en arrière pour trouver un gouvernement qui soit à ce
point le bras armé des intérêts capitalistes. Par ce fait, la question
sociale et la question politique se trouvent étroitement imbriquées. Il
faut aujourd’hui faire converger les luttes sociales et citoyennes pour
créer les rapports de forces nécessaires face à ce gouvernement. Ces
luttes seront d’autant plus efficaces qu’elles pourront s’appuyer sur
des propositions alternatives en rupture avec les politiques libérales
et leur accompagnement social-libéral.
Les collectifs unitaires peuvent contribuer à relever ce défi, aider à
faire barrage aux attaques du gouvernement et du patronat, contribuer à
préparer ensemble (partis politiques et mouvement social) une
alternative au libéralisme en termes de contenu, dans le respect du rôle
et de l’autonomie de chacun. Nous devons travailler à relancer la même
dynamique unitaire et populaire, même si c’est moins facile que lors de
la campagne référendaire, mais cette fois-ci sur les résistances et sur
les alternatives.
Contribuer aux résistances locales et y faire émerger les exigences
d’alternatives.
Localement, le démantèlement de services publics, les délocalisations
d’entreprises, les licenciements boursiers, le dumping social, se
développent, suscitant des luttes diverses.
Nous devons saisir les occasions de ces mobilisations locales pour
intervenir. Il ne s’agit pas de se substituer aux structures habilitées
pour mener la lutte mais d’aller au-delà de la solidarité, en menant la
" bataille de l’opinion ", en apportant des explications établissant les
responsabilités des politiques libérales globales, en faisant émerger à
cette occasion les aspirations et exigences concrètes pour l’emploi, les
services publics, pour nos droits fondamentaux, humains, économiques,
sociaux, écologiques, culturels, etc.
Nous pourrons ainsi renforcer l’enracinement populaire des collectifs.
Nous pourrons ainsi nourrir la réflexion pour une alternative des
exigences exprimées à l’occasion des mobilisations. Nous devons aussi
populariser et soutenir les luttes de portée nationale pour éviter leur
isolement.
Faire respecter le vote du 29 mai : obtenir le retrait de la directive "
Bolkestein ", faire progresser l’exigence d’une autre Europe
En Europe, la lutte pour le rejet du TCE doit se poursuivre. Libéraux et
socio-libéraux veulent en effet le remettre à l’ordre du jour en 2007.
Dans le même temps le vote du 29 mai appelle à la remise en cause de
tous les traités dans la perspective d’une refondation démocratique,
sociale et écologique de la construction européenne, pour la laïcité,
contre toutes les formes de discrimination, pour l’égalité
hommes/femmes, contre l’Europe forteresse.
Le projet de directive Bolkestein est débattu au Parlement européen
démentant ainsi les affirmations de ceux qui avaient annoncé son
enterrement au printemps. Cette directive de libéralisation des services
est une illustration spectaculaire de la logique libérale qui prévaut
dans la construction européenne puisqu’elle vise à attaquer les acquis
sociaux par l’intensification de la mise en concurrence des travailleurs
des différents pays de l’Union européenne et qu’elle menace également
les services publics.
Nous devons développer notre campagne, avec la même ambition et les
mêmes méthodes que lors de la campagne référendaire et avec le même
objectif : gagner, obtenir le retrait de cette directive. C’est
possible, car cette directive relève de la co-décision (Parlement et
Conseil européens). Il s’agit s’articuler mobilisation nationale et
mobilisation européenne. Au niveau national, la carte-pétition doit
devenir un instrument pour resensibiliser l’opinion publique sur ce
sujet. Au-delà, il faut impulser des initiatives politiques permettant
de peser sur le gouvernement afin que La France s’oppose résolument à ce
projet de directive. C’est aussi l’occasion de faire le lien "
Bolkestein - dumping social - services publics " et d’illustrer
l’opposition entre l’Europe sociale que nous voulons et l’Europe
libérale qu’ils construisent.
Au niveau européen, le vote au Parlement prévu soit à la mi janvier ou à
la mi février constitue une échéance incontournable. Il faut construire
à cette occasion une mobilisation de masse qui permette d’enclencher une
dynamique européenne. C’est pourquoi, nous appelons à une grande
manifestation unitaire à Strasbourg le samedi précédent le vote.
Le FSE d’Athènes sera un moment important de convergence de l’ensemble
des forces qui s’opposent aux politiques néolibérales. Dans cette
perspective, les collectifs s’engagent à relayer les différentes
initiatives et mobilisations telles que la pétition européenne ou la
Charte des principes pour une autre Europe et celles des différents
réseaux européens (Marches européennes contre le chômage, Attac-Europe,
organisations syndicales, collectifs féministes...).
Organiser partout des Forums unitaires pour l’alternative.
Les libéraux n’ont pas réussi à susciter une adhésion à leur " modèle "
de société. Mais les expériences du passé ont semé le doute sur la
possibilité d’une alternative. Nous devons bâtir un ensemble de
propositions en rupture avec les politiques libérales et qui illustrent
concrètement et de manière crédible l’alternative que nous proposons.
Déjà, plusieurs collectifs unitaires ont tenu de tels forums pour
débattre et élaborer leurs propositions : pour assurer la justice
sociale et l’égalité entre les hommes et les femmes, pour promouvoir les
services publics, pour refonder la démocratie, pour établir de nouveaux
rapports avec la nature, pour interroger notre mode de développement,
pour construire une autre Europe, pour construire des rapports d’égalité
avec les pays du Sud, pour promouvoir une politique de paix dans le
monde, etc.
Ces forums s’adressent à toutes celles et à tous ceux qui veulent
combattre les politiques libérales et qui sont en recherche
d’alternatives. Il faut construire une dynamique autour d’objectifs de
rupture avec les politiques libérales et un mouvement populaire qui s’en
empare. Les collectifs du 29 mai peuvent en être le cadre naturel comme
ferment d’unité, d’élaboration plurielle, associant des forces
politiques, syndicales, associatives, citoyennes. Cette démarche pourra
s’appuyer sur l’ouverture de cahiers d’exigences.
L’assemblée des représentants des collectifs unitaires appelle à
organiser partout et à tous les niveaux (local, départemental, régional)
ces forums unitaires pour l’alternative et à tenir des Assises
nationales pour l’Alternative en Avril 2006, à la fois lieu de
convergence des débats des forums décentralisés et de contribution aux
réflexions du Forum Social Européen d’Athènes.
L’ambition est que soit également adoptée à ces Assises une " Charte
antlibérale des collectifs du 29 mai ". Pour lancer ce processus, la
réunion nationale des collectifs mandate le CN du 29 mai pour élaborer
en janvier une base de travail proposant des thèmes, une série de
propositions et ouvrant des pistes de réflexion. Ce document servira de
base de discussion aux forums locaux et régionaux. En février, une
commission réunissant le CN du 29 mai et des représentants des
collectifs porteurs des débats locaux sera chargé d’une élaboration
intermédiaire à partir de la compilation des propositions des collectifs
et des organisations. Cette synthèse sera renvoyée de nouveau aux
collectifs pour préparer la charte finale qui sera soumise à adoption en
avril.
Nous ne pouvons nous résoudre à l’absence d’alternative aux politiques
néo-libérales ou social-libérales. Pour restaurer l’espoir de la
transformation sociale, il faut, en s’appuyant sur les acquis de la
campagne du NON, construire, par delà les luttes immédiates et les
campagnes de mobilisation, des alternatives qui permettent que les
droits des êtres humains l’emportent sur le droit de la concurrence et
la logique du profit. Dans ce cadre, les échéances électorales de 2007
et 2008 seront un moment incontournable pour que cette alternative
s’exprime. Fidèles à leur démarche de rassemblement et d’unité, les
collectifs du 29 mai y prendront toute leur part.
Annexe
S’organiser pour agir
Les collectifs locaux, dont l’autonomie est réaffirmée, développeront
des formes de coopération départementales et/ou régionales pour
construire des initiatives de mobilisation et des forums unitaires pour
l’alternative. La coopération entre le collectif national et les
collectifs locaux pour l’élaboration de la Charte peremettra de
progresser dans une structuration souple. Le site internet
www.collectifdu29mai.org permettra l’échange d’information et
l’interactivité entre les collectifs.