La France peut abandonner progressivement l’énergie nucléaire
et parvenir à de plus faibles émissions de dioxyde de carbone.
Une nouvelle
étude indique que, malgré l’énergie nucléaire,
les émissions de gaz à effet de serre de la France sont en
augmentation.
Le soutien financier à l’industrie du
plutonium et la politique pro-nucléaire de la France nuisent à sa sécurité et
l’empêchent de réduire ses émissions de carbone.
Takoma Park, Maryland,
USA : Un nouveau rapport, Low-Carbon Diet without Nukes in
France (Faibles émissions de dioxyde de carbone sans nucléaire), montre
que dans les prochaines décennies, il est possible, pour la France, de
sortir du nucléaire tout en diminuant les émissions de dioxyde de carbone de 40
pour cent. Pour les partisans du nucléaire, la France est souvent
présentée comme l’exemple à suivre puisqu’elle produit presque 80 pour cent de
son électricité à partir du nucléaire, lequel produit une quantité négligeable
de gaz à effet de serre. Le rapport de
l’Institute for Energy and Environmental Research (IEER) est le premier à
présenter les technologies et la politique énergétique qui permettent de
respecter les mêmes choix de mode de vie et les mêmes options
économiques qu’une politique énergétique basée sur la
poursuite d’une forte production nucléaire et de fortes émissions de carbone,
mais sans énergie nucléaire
et avec une réduction substantielle des émissions de dioxyde de
carbone.
« L’industrie nucléaire met en avant
l’énergie nucléaire comme une des solutions pour lutter contre le réchauffement
de la planète » déclare Annie Makhijani, coauteur du rapport et responsable
scientifique à l’IEER. « Mais l’énergie nucléaire est, à long terme, à l’origine
de graves problèmes par les risques liés à la prolifération, par les accidents
nucléaires graves et par la vulnérabilité vis-à-vis du terrorisme. C’est un
compromis qui n’est pas souhaitable. L’analyse de l’IEER montre qu’il est
possible, même en France, d’envisager un avenir avec de faibles émissions de
dioxyde de carbone, sans recourir à l’énergie nucléaire. »
En France,
l’énergie nucléaire fournit 75 à 80 pour cent de l’électricité. En conséquence
les émissions de carbone par unité de Produit national brut (PNB) sont parmi les
plus basses des pays européens. Ainsi, à l’horizon 2008-12, selon le Protocole
de Kyoto, la France devra seulement stabiliser ses émissions de gaz à effet de
serre à leur niveau de 1990 alors que les autres pays européens sont tenus de
réduire les leurs de 8 pour cent.
Pourtant, l’énergie nucléaire n’a pas
pu empêcher l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Low-Carbon
Diet without Nukes in France montre qu’en dépit de la quasi élimination du fioul
dans le secteur électrique français, à partir de 1973 et de la réduction du
charbon, les émissions de gaz à effet de serre demeurent élevées et
continuent de croître. Ceci tient au fait que les émissions de gaz à effet de serre sont dues au secteur des
transports ainsi qu’à l’utilisation du fioul et du gaz naturel dans les secteurs
résidentiel, commercial et industriel.
Selon le rapport, la difficulté n’est pas liée à une
pénurie de sources d’énergie sans carbone mais réside dans le fait que les
ressources sont affectées d’une façon disproportionnée à l’énergie nucléaire au
détriment des autres énergies. Des études officielles, sur l’utilisation du plutonium
comme combustible dans 20 réacteurs français, indiquent que ce secteur de
l’énergie nucléaire est annuellement subventionné à hauteur d’environ 1 milliard
d’euros. Pourtant, jusqu’à ces dernières années l’investissement total dans
l’éolien n’avait même pas atteint le subventionnement accordé chaque année au
plutonium.
« En l’absence d’importants
progrès dans l’efficacité énergétique du secteur des transports et dans le
chauffage résidentiel et commercial, il ne sera pas possible de réduire
significativement les émissions de gaz à effet de serre en France
» déclare le Dr Arjun Makhijani, président de l’IEER et coauteur du rapport.
« Les technologies sont parvenues à un stade commercial ou
pré-commercial. Malheureusement, la fascination des pouvoirs publics pour
l’énergie nucléaire, qui se traduit, entre autres, par des subventions massives
en faveur de la production du combustible au plutonium, réserve un rôle
secondaire aux autres aspects de la politique énergétique. »
L’IEER présente deux scénarios s’appuyant sur des projections
économiques officielles de forte consommation d’énergie pour montrer que
l’élimination progressive de l’énergie nucléaire se ferait sur une période de 30
à 40 ans avec, parallèlement, une mise en place de mécanismes de réduction
importante des émissions de dioxyde de carbone. Les scénarios se
tournent vers des technologies déjà commerciales et des technologies avancées
pour atteindre 20 et 40 pourcent de réductions de CO2 avec une élimination
progressive de l’énergie nucléaire. L’IEER admet
qu’il faudra éliminer l’énergie nucléaire progressivement plutôt
qu’abruptement, non seulement parce que celle-ci représente
une large part de la production d’électricité mais aussi parce que l’abandon
prématuré des centrales existantes risquerait de détourner des ressources
économiques qui pourraient être investies dans une amélioration de l’efficacité
énergétique et les énergies renouvelables, notamment l’éolien.
« Il
est inévitable que pour aboutir au même pourcentage de réduction des émissions
de dioxyde de carbone qu’aux Etats-Unis, la France devra faire plus largement
appel aux technologies de pointe, » déclare le Dr Arjun Makhijani,
l’auteur, en 2001, d’une étude similaire sur le secteur énergétique des
Etats-Unis. « Mais le pays qui investit dans cet avenir se trouvera en position
de leadership technique et économique pour la réduction des gaz à effet de
serre. »
« La France a malheureusement choisit d’être le leader de la
technologie nucléaire, » remarque Annie Makhijani. « Mais la France et le reste
du monde ignorent les signes avant-coureurs, notamment la déclaration du leader du parti travailliste japonais,
Ichiro Ozawa, selon lequel le secteur civil de l’énergie nucléaire pourrait
produire du plutonium pour les armes nucléaires. »
La compagnie française AREVA, en majorité
détenue par l’Etat français fournit des services de
retraitement des combustibles irradiés aux électriciens japonais. Le
Japon possède un important stock de plutonium séparé, dont
une partie est entreposée en France et l’autre au Japon.
Le rapport note qu’un avenir sans émissions de carbone et sans
énergie nucléaire pour la France, pour le milieu du 21ème siècle, fera appel à
d’importants changements technologiques et de politique énergétique, notamment
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