«
Simplification » du droit du travail, « modernisation » et « recodification » du
code du travail, « réforme » de l’inspection du travail, autant de mesures qui
convergent toutes vers le même objectif : porter atteinte aux droits des
travailleurs, de leurs syndicats.
C’est parce qu’au premier chef ce sont les
travailleurs qui sont concernés et que c’est par la riposte commune avec nos
syndicats que nous pouvons sauvegarder les conquêtes sociales que le secteur
SETE de l’UNAS - CGT a décidé d’éditer ce « 4 pages » en direction de
tous.
Après l’allègement des procédures relatives aux licenciements
économiques, l’assouplissement continuel des règles relatives à la durée du
travail qui conduit non pas à « travailler plus pour gagner plus » mais à ce que
les heures supplémentaires soient encore moins rémunérées, le gouvernement a
poursuivi cet été son offensive contre les droits des salariés :
-
Contrat nouvelles embauches avec sa période d’essai de deux ans au cours de
laquelle le salarié peut être licencié sans procédure préalable et sans que
l’employeur n’ait à justifier d’un motif ;
- Exclusion du décompte des
effectifs des jeunes de moins de 26 ans (le Conseil d’Etat vient de la
suspendre) ;
- Mise en place du forfait jour, par "accord", pour les
salariés non cadres ;
- Eloignement des élus du personnel des salariés par
l’allongement de la durée du mandat ;
- Possibilité de faire travailler
les jeunes de moins de 18 ans le dimanche, les jours fériés et la nuit
;
- Elargissement du chèque emploi qui permet aux entreprises jusqu’à 5
salariés de s’exonérer de la rédaction du contrat de travail et du bulletin de
salaire ;
- Création du « travail à temps partagé » qui autorise le prêt
de main-d’œuvre à but lucratif ;
- Repos hebdomadaire par roulement
accordé à de nouvelles activités (jardineries, entreprises et services
d’ingénierie informatique pour les activités d’infogérance, établissements de
location de DVD et de cassettes...), ces établissements pouvant désormais faire
travailler leurs salariés le dimanche.
C’est en cohérence avec les
dispositions précédentes et afin de satisfaire la revendication du MEDEF et de
l’Union Européenne pour qui le code du travail trop rigide est un frein à
l’emploi que le gouvernement a ouvert le chantier de recodification du code du
travail.
Le 16 février 2005, Gérard Larcher, Ministre délégué aux
relations du travail, a installé une commission chargée de rédiger un nouveau
code du travail dont l’entrée en vigueur est prévue pour le mois de juin 2006.
Dans le même temps, une autre commission travaille sur la mise en
place d’un code des transports incluant l’ensemble des dispositions sociales.
Concernant le secteur agricole, il s’agit de transférer les dispositions
sociales spécifiques dans le code rural. Pour les salariés de ces deux branches
fortement déréglementées, le respect par leurs employeurs du code du travail
s’éloigne encore un peu plus.
Malgré les annonces d’une
recodification à « droit constant », les éléments dont nous avons pu disposer
démontrent que cette réécriture ne l’est pas.
Quelques exemples
:
1- Jusqu’ici, il y avait d’une part les dispositions
relatives au contrat à durée indéterminée et d’autre part, les dispositions
relatives au CDD et au travail temporaire encore considérés comme des contrats
d’exception. Aujourd’hui, on introduit un Titre « Dispositions communes à la
formation et à l’exécution de tous les contrats de travail.
»
Comment ne pas voir dans cette présentation la mise en œuvre de
la volonté de l’Union Européenne, du Gouvernement et du MEDEF, d’imposer un
contrat unique, précaire pour tous à la place du CDI ; le contrat nouvelles
embauches n’annonce-t-il pas cet objectif ?
2- La durée du
travail est maintenant traitée dans la même partie que le salaire et
l’intéressement et non plus dans le titre sur les conditions de travail. Il
s’agit d’une revendication patronale ancienne qui entend traiter la durée du
travail sous l’angle du coût du travail et non sous l’angle des conditions de
travail.
3- L’actuel Titre intitulé « Conflits collectifs » sera
transféré dans la partie relative aux relations collectives du travail et
notamment à la négociation collective.
Le danger est grand que par
accord collectif il puisse être introduit des clauses dites de « paix sociale »
ou clauses de service minimum alors que jusqu’à présent elles sont considérées
comme illégales car le droit de grève est un droit inaliénable, inscrit dans la
Constitution, qu’un accord collectif ne saurait supprimer.
4- Une
partie nouvelle sera créée intitulée « Dispositions relatives aux travailleurs
temporairement détachés en France par une entreprise basée à l’étranger ».
Cette partie se composera de 7 chapitres. Jusqu’à présent, les règles
applicables aux travailleurs en activité en France sont les mêmes. Avec cette
nouveauté, s’agit-il de créer de la place pour la Directive Bolkestein
reconfigurée (dont on apprend qu’elle ressort) ?
5- Enfin, si
actuellement le Livre VI s’intitule « Contrôle de l’application et de la
réglementation du travail », dans le projet, la Partie VII s’intitule «
Administration du travail et services de contrôles », et c’est en toute logique
que le futur Code du Travail prend en compte la réforme en cours de
l’Inspection du Travail.
En effet, pour que la boucle soit bouclée, et
qu’aucun rempart contre l’arbitraire n’ait été oublié, un plan de «
modernisation de l’Inspection du Travail » est lancé. Au-delà des agents de
l’inspection, les transformations envisagées sont d’abord et avant tout des
attaques contre la défense des droits de tous les travailleurs.
Lancée par l’aile la plus réactionnaire de l’UMP au printemps 2003
dans le cadre d’un projet de loi dit Madelin, les fondements de la réforme de
l’Inspection du Travail et ses orientations ont été annoncés en juin 2005 par M.
Larcher lors de son discours devant les Inspecteurs élèves du
travail.
Aperçu de quelques mesures :
A
Création d’un Conseil national de la politique du travail composé de
représentants des organisations patronales et syndicales, cette structure sera
également déclinée au niveau régional.
On met donc sur le même plan les
patrons et les salariés alors qu’au regard du Code du Travail les salariés sont
des bénéficiaires et les patrons des assujettis. Le Code du Travail est né pour
rétablir un équilibre là où il n’y avait pas un rapport de force
égal.
Ces instances seront associées aux questions de la politique
travail et au contrôle.
L’inspection du Travail passe du contrôle de
l’application des textes législatifs, réglementaires et conventionnels à la mise
en œuvre d’une politique travail.
Aujourd’hui, chaque agent de
contrôle de l’inspection définit son activité en fonction de ce qu’il constate
sur le terrain et des demandes multiples et variées des représentants du
personnel et des salariés. Aussi, il est clairement reproché à l’inspection du
travail d’être trop proche des salariés et de manquer de « neutralité ».
La mise en place de la politique travail est un moyen pour diriger
l’action des agents de l’inspection afin que celle ci soit en phase avec les
priorités patronales et gouvernementales. La présence de représentants syndicaux
dans le conseil national de la politique travail n’est pas une garantie face au
bloc MEDEF - Gouvernement puisque, déjà, proposer aux employeurs de « superviser
» l’action des services est une rupture sans précédent.
Pour
contraindre les agents de l’inspection à appliquer la politique travail, le
ministre a réformé la notation et introduit l’individualisation et la
variabilité des primes (c’est le système de la carotte et du bâton). Déjà la
hiérarchie encourage certains collègues à supprimer leur permanence d’accueil au
public.
Demain, si la réforme était appliquée, qui répondrait à vos
préoccupations et demandes ? On vous dira : « désolé, mais au 1er trimestre, on
s’occupe de la conformité des presses hydrauliques et au 2nd trimestre on doit
contrôler les travailleurs étrangers ».
Ce que veut le Ministre du
travail, c’est une inspection qui soit aux ordres et n’entende pas discuter les
orientations et injonctions du Ministre alors qu’une convention de l’OI.T. (n°
81) dispose que les agents de l’inspection du travail sont « indépendants de
tout changement de gouvernement ».
Exit donc l’indépendance de
l’inspection du travail qui la garantit, et avec elle les travailleurs, de
l’influence des pouvoirs politiques en place.
L’inspection souffre
du manque de moyens lui permettant d’exercer pleinement sa mission de service
public et de l’absence de volonté des gouvernements de faire respecter le code
du travail et de cesser de le déréglementer.
Cette nouvelle
orientation a été très exactement illustrée cet été par la circulaire
Larcher du 29 juillet 2005 incorporant de force l’inspection du travail dans des
actions, encore ponctuelles, sous contrôle de la police et/ou de la gendarmerie
à des fins explicites de lutte contre l’immigration « irrégulière ». Comme si ce
qui est en cause, ce n’est pas la mise en concurrence des peuples et des
travailleurs entre eux pour des motifs d’abaissement du coût du travail au
profit de grands groupes qui savent parfaitement utiliser tous les espaces de
déréglementation ouverts par les gouvernements (ceux-là même qui montent ces
opérations et l’Union Européenne).
Le Ministre Larcher veut instituer
un Conseil national de l’Inspection du travail.
Composé
principalement de magistrats, ce Conseil traitera des pratiques et de la «
déontologie », de l’indépendance des inspecteurs et contrôleurs du
travail.
On passe à la sélection des bonnes et mauvaises pratiques, à
l’établissement de « normes qualité » des contrôles. C’est ce que veut le
MEDEF.
Les rapports au BIT, les deux documents que viennent de
consacrer les télévisions à l’Inspection du Travail, les réactions des agents
après l’assassinat des deux collègues de l’Inspection, tout démontre qu’envers
et contre tout, s’appuyant sur leur mission, sur les dispositions encore
contenues dans le Code du Travail, et malgré la pression des gouvernements
successifs, du patronat et d’une réglementation systématiquement mise à mal, les
agents de l’Inspection continuent de contrôler et veulent continuer cette
mission en toute indépendance. C’est contre cela que le ministre constitue un
tel organisme hors statut, ce qui crée un statut d’exception
permanent.
A L’inspecteur du Travail en section d’inspection
deviendrait un « manager » chargé de mettre en œuvre la politique travail
nationale déclinée régionalement à la suite d’un « diagnostic » et « plan
d’action » partagé avec notamment le MEDEF et de rendre des comptes dans ce
domaine.
C’est donc sur tous les fronts et sous tous les angles
que le gouvernement mène son offensive contre les garanties
collectives.
Tous secteurs confondus (ministère du travail, de
l’agriculture et des transports), 1400 inspecteurs et contrôleurs du travail ont
pour tâche de vérifier l’application du droit du travail dans 1,2 millions
d’entreprises salariant 15 millions de travailleurs.
Les agents de
l’inspection du travail se battent contre les réformes actuelles mais ne peuvent
gagner seuls. Le 2 septembre dernier, date anniversaire de l’assassinat de nos
deux collègues en Dordogne par un employeur agricole, plus de 400 collègues
étaient réunis à la bourse du travail de Paris à l’initiative de l’UNAS-CGT pour
discuter et organiser la résistance nécessaire.
Dans la motion
votée de ce jour, en présence de tous les syndicats, ils exigeaient notamment
:
- le retrait des orientations de la réforme Larcher annoncée le 1er
juillet 2005 à l’INT ;
- l’arrêt de la déréglementation et le retour d’un
code du travail protecteur pour tous les salariés quelle que soit la branche
d’activité ;
- le maintien de la section d’inspection du travail territoriale
garante de son caractère généraliste et indépendant ;
- le doublement des
sections d’Inspection du Travail avec les effectifs correspondant en IT, CT et
agents de secrétariat
Réforme de l’inspection du travail et casse
du code du travail sont deux choses imbriquées qui impliquent une bataille
commune de l’ensemble du monde du travail.
D’ores et déjà, notre syndicat
a pris l’attache de la confédération CGT afin de discuter de l’action commune à
mener. Plusieurs Unions Départementales CGT ont été contactées sur cette
question.
Pour construire le rapport de force nécessaire, il faut
que chacun soit en mesure d’expliquer dans son entourage les enjeux existants
autour de la recodification et de la réforme du code du
travail.
Pour l’ensemble de ces raisons, il a paru plus que
nécessaire à notre organisation syndicale de s’adresser à toutes les
organisations de la confédération pour agir ensemble, dans le cadre de la
mobilisation, pour la sauvegarde du Code du Travail, pour le retrait des projets
gouvernementaux, ce notamment à l’occasion de rencontres nationales à
organiser.
A Paris, le 13 décembre 2005