CN29MAI - Canevas de débat pour une Charte antilibérale
Version réduite
La déclaration
finale de la réunion des collectifs des 3 et 4 décembre dernier a
proposé d’élaborer une Charte antilibérale qui devrait voir le jour en
mai prochain, lors des assises nationales des collectifs. La rédaction
s’appuiera sur le débat de contenu qui se va se déployer au travers de
forums ouverts au plus grand nombre.
Il ne s’agit pas,
en quelques mois, de construire “ LE ” projet alternatif au
capitalisme, clefs en main. Il s’agit plutôt d’aboutir à quelques
principes et mesures phares, que nous pouvons porter unitairement et
qui marqueraient une rupture nette avec la forme actuelle du
capitalisme mondialisée qu’est le libéralisme.
Ce document n’est
pas exhaustif : il s’organise autour des principaux axes de l’offensive
libérale qui appellent des ruptures et des alternatives. Il reprend
surtout les questions qui reviennent souvent dans les débats et qui
semblent pouvoir aboutir entre nous d’ici le mois de mai. Ce document
n’est pas une synthèse : elle sera le résultat de nos travaux. Il est
un court état des lieux et une première ébauche de ce que pourraient
être les têtes de chapitre autour desquelles organiser le débat pour
bâtir nos propositions communes.
Les
politiques néo-libérales se développent depuis plus de vingt ans à
l’échelle de la planète, d’ “ ajustement structurel ” dans les pays du
Sud en “ déréglementation ” généralisée partout. Mettant à profit la
dégradation des rapports de forces sociaux inhérents au chômage de
masse et le désarroi idéologique découlant des échecs des tentatives
passées de transformation sociale, le néo-libéralisme a entrepris une
remise en cause systématique des conquêtes de plus de deux siècles de
luttes sociales et démocratiques, orchestrant un véritable “ recul de
civilisation ” selon l’expression de Pierre Bourdieu.
Tous les pays
industriels développés ont été dominés par ce dogme libéral : trop de
contraintes, pas assez de fluidité, trop d’État et trop de
réglementations sociales... Pourquoi ce dogme s’est-il imposé ? Pour
augmenter la “ profitabilité ” des investissements privés en
répartissant d’une autre manière les richesses disponibles. Les profits
se sont donc envolés, tandis que la part des salaires dans la richesse
générale a baissé de 10 points en vingt ans. C’est cette situation de
déséquilibre qu’il faut changer. Cela suppose de contester le dogme
libéral et de lui opposer d’autres finalités et d’autres méthodes.
-
Riposter à l’offensive libérale
Pour maximiser les profits du capital, les libéraux ont imposé partout les mêmes règles et les mêmes méthodes.
-
Ils ont fait
baisser le “ coût du travail ”, en maintenant un haut niveau de
chômage, en développant la précarité, en démantelant le Code du
travail, en cassant la méthode des conventions collectives, en
réduisant les droits des assuré sociaux et en multipliant les réformes
régressives des retraites, de l’assurance-maladie, de l’assurance
chômage.
-
Ils ont fait
partout reculer, au nom de la nécessaire “ fluidité ” ou
“ flexibilité ”, l’essentiel des droits collectifs et des mécanismes de
solidarité que les luttes ouvrières et démocratiques avaient obtenu
jusqu’aux années 1960.
-
Ils ont élargi
constamment la sphère du marché, en libérant les échanges (dans le
cadre du GATT puis de l’OMC) et en transformant en marchandise tout ce
qui ne relevait pas encore de la sphère du marché. L’éducation, la
culture, l’information, la santé et le corps humain lui-même sont
devenus de simples marchandises.
-
Ils ont transformé
l’action de l’État, en le débarrassant de toutes ses fonctions de
régulation et de répartition tout en renforçant ses instruments de
coercition et de contrainte sur les “ classes dangereuses ” et les
individus.
Les
résultats de ces choix, suivis obstinément depuis plus de vingt ans,
dans le cadre de pouvoirs de droite “ néolibéraux ” ou de pouvoirs de
gauche “ sociaux-libéraux ”, ont abouti à des effets désastreux.
-
Construire une alternative
Nous savons donc
aujourd’hui que le réalisme suppose de retrouver collectivement le
chemin de la justice. Ce n’est pas la maximisation du profit et la
croissance ininterrompue de la marchandisation qui sont la source d’une
amélioration de l’état du monde, mais la volonté de voir s’élargir les
capacités de chaque personne humaine.
1. Mettre au centre de la vie économique les dépenses pour la satisfaction des besoins humains
- accroître
fortement le pouvoir d’achat, en particulier celui des plus démunis
(RMI, SMIC), et de relever les taux d’indemnisation du chômage.
- assurer le droit
effectif à certains besoins sociaux (éducation, logement, santé,
transports) en allant jusqu’à la gratuité dans certains domaines.
- agir résolument
contre le chômage par la création d’emplois publics répondant
prioritairement aux besoins sociaux, par le développement de l’activité
économique utile et la réduction du temps de travail.
2. Installer un socle de droits collectifs et individuels
- abroger les lois
qui, en démantelant la protection sociale, mettent en cause directement
les droits les plus fondamentaux de la personne humaine.
- faire de
l’extension et de l’exercice des droits une obligation
constitutionnelle, en considérant que l’engagement de l’État pour y
parvenir relève d’une obligation.
- développer
notamment les droits à l’emploi, à la santé, au logement et à la ville,
l’égalité entre les hommes et les femmes, les droits des migrants et la
lutte contre toutes les discriminations, le droit à l’éducation, à la
culture et à l’information.
- considérer que
la sécurisation de l’emploi et des parcours de vie doit devenir la
norme et non la précarisation qui tend aujourd’hui à être la règle
commune.
- améliorer dans cet esprit le droit du travail contre la précarité
- mettre en place
des dispositifs en cas de licenciements collectifs, pour suspendre les
mesures et examiner les propositions alternatives.
- élargir les droits et les pouvoirs des salariés dans les entreprises
3. La dimension transversale de l’objectif d’égalité hommes/femmes
- intégration dans
tous les domaines (éducation, formation, marché du travail,
administrations, etc) de la lutte contre les stéréotypes sexistes qui
enferment hommes et femmes dans des rôles sociaux spécifiques.
- répartition
équitable entre les hommes et les femmes du travail rémunéré (travail
professionnel), du travail non rémunéré (travail domestique et
parental), ainsi que des revenus (application réelle de l’égalité
salariale, reconnaissance des qualifications des emplois féminins...).
- représentation
équilibrée des femmes et des hommes (parité) dans la vie démocratique,
à tous les niveaux de décision. - lutte contre les violences subies par
les femmes.
4. Une nouvelle appropriation sociale et une refondation des services publics
- Stopper sans attendre les privatisations en cours ou programmées.
- Engager une
politique de reconquête des services publics, dans les domaines où leur
existence est nécessaire à l’exercice des droits (énergie, transports,
télécoms, poste, santé, école).
- élargir la
notion de biens communs dans les secteurs les plus vitaux (eaux,
traitement des déchets, culture, médicaments, logement, etc.)
- Protéger les
services publics des règles de la concurrence : sortie de l’AGCS et
refus des directives européennes de libéralisation des services.
- Démocratiser le secteur public, en étendant les pouvoirs de décision et de contrôle des salariés et des usagers.
5. Engager des politiques publiques actives, avec des moyens correspondants
- relancer
d’authentiques politiques industrielles et de services, dans les
domaines qui conditionnent la satisfaction la plus large des besoins
sociaux, doit être précisé.
- mettre fin aux logiques du Pacte de stabilité qui limitent la dépense publique.
- réformes de la
fiscalité afin d’accroître les ressources et de les orienter vers les
dépenses utiles et non vers les placements financiers.
- Le crédit doit être réorienté, sous une forme publique
6. Un renouveau démocratique
- Une démocratie
sociale devrait établir en tout domaine la possibilité d’intervention
des salariés, de leurs institutions et de leurs organisations.
- L’exercice de la
citoyenneté serait étendu et les pouvoirs directs des citoyens se
trouveraient considérablement élargis, avec des droits d’initiative et
de contrôle ; la démocratie participative viendrait compléter la
démocratie représentative.
- La souveraineté populaire serait renforcée par la parité, ainsi que par le non-cumul et le raccourcissement des mandats.
- La
représentation serait améliorée par l’extension de la proportionnelle
et le renforcement des pouvoirs de l’Assemblée nationale.
- La “ monarchie présidentielle ” devrait être remise en cause.
-Le tout pourrait
déboucher sur la mise en place d’une Sixième République, ouvertement
sociale et participative. Elle ne doit pas être décidée “ par en
haut ” : son architecture devrait faire l’objet d’un vaste débat
national, suivi de l’élection au suffrage universel d’une Constituante,
puis d’un vote par référendum.
7. Un nouveau type de développement
- L’objectif de la
vie économique ne devrait pas être la croissance pour elle-même mais
l’utilité sociale des activités et des productions.
- Une logique
publique de réduction des pollutions doit guider une politique des
transports visant à réduire nettement le transport routier de
marchandises, à développer les transports publics de voyageurs.
- En matière
énergétique, devront primer des choix permettant d’aller vers une
diversification des sources d’énergie et la promotion des énergies
renouvelables.
- La France
devrait s’engager, de façon active à l’échelle internationale, pour
l’application des accords de Kyoto et l’ouverture de perspectives
ambitieuses pour l’après-Kyoto.
8. Une nouvelle organisation de l’Union européenne et du Monde
- À l’échelle du
continent européen, les possibilités existent pour une réorientation
sociale et démocratique de l’Union. Réorientation des missions et des
statuts de la Banque Centrale Européenne ; l’abrogation des directives
sur la libéralisation des services publics ; la reconnaissance des
droits fondamentaux et acquis sociaux sur la base de la
non-régression ; l’institution d’une citoyenneté de résidence élargie
aux migrants extra-communautaires ; la réforme des institutions
européennes sur la base du respect des principes de souveraineté
populaire et de subsidiarité démocratique en donnant plus de pouvoir
aux parlements nationaux et européen ; l’indépendance vis-à-vis de
l’OTAN.
- À l’échelle
planétaire, la logique de la solidarité devrait supplanter l’inégalité
croissante qui résulte de la libéralisation effrénée. Contredire
partout les normes édictées par les multinationales, le G8 et les
institutions financières internationales. Réinsérer la Banque mondiale
et le Fonds monétaire international dans le cadre de l’ONU ; remettre
en cause la logique et le mode de fonctionnement de l’OMC ; établir les
relations Nord-Sud sur la logique du co-développement ; annuler la
dette ; démocratiser franchement les institutions internationales.
Projet au 21 janvier 2006